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Autorité paternelle et vouvoiement (1/2)

pere familleAfin de nous aider à réfléchir à la notion d’autorité paternelle, et afin que cette réflexion s’inscrive dans la réalité de chaque famille, voici un extrait de l’ouvrage « le bénédicité » de Mgr Gaume, où il évoque le vouvoiement… Cet extrait aura au moins le mérite de mettre en perspective nos habitudes familiales à la lumière de l’histoire… sinon plus ! bonne méditation.

Dégradé par le matérialisme, le langage de la famille a été déformé par la Révolution. La déformation particulière dont je veux te parler, c’est le tutoiement des père et mère par les enfants. Comme la révolution des mots n’est pas moins grave que celle des choses, je vais te signaler ce qu’il y a de choquant et d’antisocial dans cette formule révolutionnaire. Rappelons d’abord quelques vérités incontestables. La famille est la base de la société, qui n’est elle-même qu’un assemblage de familles. Ainsi, tant vaut la famille, tant vaut la société. La base de la famille, c’est l’autorité paternelle. Tant vaut l’autorité paternelle, tant vaut la famille. Que l’autorité paternelle soit respectée comme elle doit l’être, non-seulement la famille, mais la société même assure son existence et sa prospérité.(…)

Par la raison contraire, toute nation chez laquelle s’affaiblit l’autorité paternelle, est une nation qui marche à sa ruine. Or, le respect de l’autorité paternelle n’est pas seulement dans les actes, il est dans les mots. Il n’est même dans les actes, que parce qu’il est dans les mots. De là viennent, chez les peuples chrétiens, les formules respectueuses placées dans la bouche des enfants, pour parler à leur père et à leur mère.
Au nombre de ces formules la plus universelle et la plus caractéristique, est le Vous, au lieu du Tu. Je dis la plus universelle, jusqu’en 1792, elle régna seule dans toute la France. Elle se conserve encore dans presque toutes les provinces, parmi les populations de la campagne. Les villes elles-mêmes comptent encore un bon nombre de familles demeurées fidèles à l’ancienne tradition.

Elle existe encore, sans exception, en Espagne, en Italie et même en Angleterre. Dans ce dernier pays, le plus traditionaliste de l’Europe, le tutoiement est inconnu. Si fiers qu’ils soient, jamais un maître, ni une maîtresse de maison, ne disent tu à leurs domestiques. Jamais un père ni une mère de famille ne disent tu à leurs enfants. Jamais, au grand jamais, la bouche d’un enfant ne s’est ouverte pour dire tu à son père ou à sa mère, ni même à ses frères ou à ses sœurs. Le contraire serait regardé comme une énormité, comme un odieux manque de respect et une absence complète d’éducation (1).

Autrefois, il en était de même parmi nous. Au siècle de Louis XIV, qui passe pour l’époque la plus polie de notre histoire, le vous était universellement employé. Madame de Sévigné qui, sans doute, connaissait l’usage de la bonne compagnie, ne manquait pas de s’y conformer. En écrivant à sa fille, jamais elle ne la tutoie. Je t’ai dit que le vous est la formule la plus caractéristique du respect. Forcément elle exprime les rapports naturels de subordination d’une part, et d’autorité de l’autre ; par conséquent le respect de l’inférieur, pour tout ce qui lui est supérieur, soit par la nature, soit par l’âge, soit par la position sociale. Telle est l’autorité de cette formule, fondée sur le sentiment des convenances, que, même aujourd’hui on regarderait avec raison comme un homme mal élevé, pour ne rien dire de plus, celui qui oserait y manquer en parlant à un supérieur quelconque, à un vieillard ou même à un étranger.

Dans le but de tout détruire et de tout refaire à son image, la Révolution française supprima le Vous, qu’elle ordonna de remplacer par le Tu. Cette formule d’une égalité sauvage, passa dans la langue officielle. Par crainte, par distraction ou par tout autre motif inconscient, quelques familles urbaines, d’ailleurs respectables, la laissèrent pénétrer dans leur foyer. C’est ainsi qu’on laissa baptiser les enfants, sous les noms des dieux païens, des déesses païennes, des héros païens et même des plantes. J’ai connu un chrétien de ce temps-là, qui répondait au nom de Carotte, parce qu’il était né le jour consacré à ce précieux tubercule.
A l’époque actuelle, où la religion du mépris fait de si désolants progrès, où l’on travaille avec fièvre à nous ramener aux jours de 93, il nous semble plus urgent que jamais de protester contre le tutoiement,du moins dans le langage des enfants à leur père et à leur mère. Pour bannir à tout jamais cette formule, triste héritage de la Révolution, il suffit de montrer :

  1. qu’elle est honteuse dans son origine;
  2. absurde en elle-même
  3. funeste dans son application
  4. souverainement humiliante pour les pères et mères.

Telle est, mon cher ami, la thèse que je prétends démontrer dans ma prochaine lettre. Comme tu peux en juger, ma démonstration ne manquera pas d’un certain intérêt ; demande à Dieu qu’il daigne la couronner de succès,

SUITE

(1) En parlant à Dieu, le Tu est employé dans les prières, à cause du Tu dans le latin. Il paraît que les plus anciennes traductions catholiques de la Bible en anglais emploient le Vous. Les Puritains protestants ont sans doute cru de bon goût et d’une plus scrupuleuse exactitude de se servir du Tu. — Au reste, qu’il en soit ce que l’on voudra, de cette exception ou d’autres encore, il est certain que dans notre langue française, le Vous est la forme obligée du respect.

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