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  • Virilité combattante et chasteté – 3ieme partie :  Eclosion de l’éros en agapè

    Virilité combattante et chasteté – 3ieme partie : Eclosion de l’éros en agapè

    Merci à notre ami Fabrice Hadjadj, qui nous permet d’utiliser ce très bel éloge de la virilité et de la chasteté en 4 parties : en voici la troisième partie !

    1. Vient notre seconde question : comment penser la chasteté comme vertu qui mène le sexe à sa perfection, si elle est de l’ordre d’une maîtrise rationnelle ? Rationaliser le sexe, n’est-ce pas le détruire ? Et pourtant, nous venons de le voir, le chaste est tout le contraire du châtré.

    La sexualité est le lieu où s’expérimente une perte de contrôle : coup de foudre devant la femme ; coup de vieux devant l’enfant. L’époux aussi bien que le père sont des personnes dépassées par l’autre genre et par l’autre génération. L’organe même du sexe est le symbole de ce dépassement (et non d’une domination phallocratique). Montaigne évoque dans ses Essais « l’indocile liberté de ce membre, s’ingérant si importunément lorsque nous n’en avons que faire, défaillant si importunément lorsque nous en avons le plus affaire, et contestant de l’autorité si impérieusement avec notre volonté »… Cette indocile liberté n’est pas qu’une peine qu’il faudrait surmonter. Elle possède aussi sa positivité qui, pour être humiliante, n’en est pas moins heureuse : elle manifeste que nous sommes pour l’autre, et tellement pour l’autre que l’autre nous hante, que nous en portons la marque jusqu’au milieu de notre corps, par notre nombril et notre sexe, qui nous rattache, l’un, à la mère, l’autre, à la femme.

    1. L’éros implique toujours une certaine passivité, un certain ravissement radical devant l’autre (c’est pourquoi Platon se refuser à le voir comme un dieu, et le considérait comme un intermédiaire entre les dieux et les hommes). Sa passion est en excès par rapport à la raison. Om tombe amoureux comme on tombe de sa chaire.

    Est-ce à dire que l’amour est toujours déraisonnable et nous fait chuter vers la bestialité ? Dans le Phèdre, Platon montre qu’il y a deux manières d’excéder la raison, par le bas, et par le haut, par le bestial et par le divin. Or, selon lui, le véritable éros a bien quelque chose de fou, mais sa folie est divine.

    Sous ce rapport, la chasteté permet à l’éros d’être lui-même : devant la beauté qui nous bouleverse, elle nous donne d’obéir à la folie divine et de ne pas sombrer dans une folie bestiale. Elle n’était pas le feu, mais, pour reprendre une expression de saint Jean Climaque, elle chasse le feu par le feu, le feu inférieur, qui consume sans brûler, par le feu supérieur, qui brûle sans se consumer.

    1. Lévinas a profondément médité cette transcendance donnée à même l’immanence de la sexualité, cette action supérieure de l’autre qui s’opère au sein de la passivité du désir. Selon lui, la dualité des sexes n’est essentiellement ni rivalité ni complémentarité, même si elle peut prendre secondairement ces aspects : la relation de l’homme et de la femme est une relation entre deux individus – d’où la rivalité possible – et une relation entre deux moitiés qui s’ajustent fonctionnellement pour transmettre la vie – d’où la complémentarité réelle. Mais ni la vision individualiste, ni la compréhension fonctionnaliste ne rendent raison la sexualité dans son essence.

    Dans son essence, la sexualité ne nous fait pas chercher « l’âme sœur », car ce serait encore inceste – ce qui veut littéralement dire « non-chaste ». Elle nous tourne vers l’autre irréductible : « Le pathétique de l’amour consiste dans une dualité insurmontable des êtres ; c’est une relation avec ce qui se dérobe à jamais. La relation ne neutralise pas ipso facto l’altérité, mais elle la conserve. L’autre en tant qu’autre n’est pas ici un objet qui devient nôtre ou qui devient nous, il se retire au contraire dans son mystère[1]. » L’union sexuelle n’abolit pas la différence sexuelle : elle l’intensifie, car la femme n’est jamais plus féminine que lorsqu’elle est amante, épouse et mère ; et elle la multiplie, car, à la différence sexuelle, elle ajoute la différence générationnelle, et cette seconde différence, loin de ramener l’autre à nous, nous tourne avec lui vers cet autre que nous deux qu’est notre enfant.

    1. Il n’y en a pas moins une ambiguïté de l’éros, ambiguïté liée au désir paradoxal, sinon contradictoire, de jouir de l’autre : jouir, selon Lévinas, c’est tout ramener à l’immanence de son plaisir, à cet océan dissolvant où il n’y a plus ni l’autre ni soi ; mais, dans la jouissance sexuelle, à la différence de la jouissance gastronomique, le désir veut malgré tout l’autre en tant qu’autre, au point qu’il nous échappe toujours, et que, dans son abandon même, il se dérobe à notre possession. Lévinas souligne ainsi « l’ambiguïté d’un événement qui se situe à la limite de l’immanence et de la transcendance. […] L’amour reste un rapport avec autrui, virant en besoin ; et ce besoin présuppose encore l’extériorité totale, transcendante de l’autre, de l’aimée. […] Jouissance du transcendant presque contradictoire dans ses termes, […] la possibilité de jouir d’Autrui, […] cette simultanéité du besoin et du désir, de la concupiscence et de la transcendance, tangence de l’avouable et de l’inavouable, constitue l’originalité de l’érotique qui, dans ce sens, est l’équivoque par excellence »[2].

    Ici peut s’entendre ce qu’est la chasteté. Elle consiste à reconnaître cette équivoque, et à faire en sorte que, dans l’éros, la concupiscence ne l’emporte pas sur la transcendance, mais soit plutôt emportée par elle. Sa maîtrise est en cela paradoxale. Elle n’est pas de l’ordre du contrôle, mais d’une sorte de maïeutique, d’une manière d’accompagner l’élan vers l’autre qui s’ouvre dans le sexe.

    Cette transcendance que la chasteté préserve, précisons-le, n’est pas d’abord celle de Dieu (cela relève plutôt de la foi). C’est la transcendance du féminin dans la femme, et de l’avenir dans l’enfant, c’est-à-dire d’un espace et d’un temps qui dépassent nos plans et nos plannings, qui sont à la fois les plus proches et les plus mystérieux, à la fois les nôtres (puisque je peux parler « des miens ») et jamais nôtres (puisque les miens ne sont pas ma propriété).

    1. Prolongeant cette perspective, on peut dire que la chasteté articule l’éros à l’agapè. Benoît XVI explique admirable, dans sa première encyclique, comment la charité réalise une postulation profonde du désir érotique : « Même si, initialement, l’éros est surtout sensuel, ascendant – fascination pour la grande promesse de bonheur –, lorsqu’il s’approche ensuite de l’autre, il se posera toujours moins de questions sur lui-même, il cherchera toujours plus le bonheur de l’autre, il se préoccupera toujours plus de l’autre, il se donnera et il désirera “être pour” l’autre. C’est ainsi que le moment de l’agapè s’insère en lui ; sinon l’éros déchoit et perd aussi sa nature même[3]. »

    La chasteté empêche ainsi l’éros de se perdre et de sombrer dans la déchéance. Elle laisse la sexualité être ce qu’elle est ultimement : non pas le fait de former un tout clos sur lui-même, comme se le figure le romantisme, ni de réduire l’autre à un simple objet de concupiscence, comme se l’imagine la pornographie, mais un mouvement vers l’autre sans retour, le fait de s’ouvrir à l’infini, c’est-à-dire à la femme, à l’enfant, et, à travers eux, à Dieu qui les garantit dans leur altérité et leur avenir, et qui les recueille dans son incompréhensibilité.

    [1] Emmanuel Lévinas, Le Temps et l’Autre [1948], Fata Morgana, 1979, p. 78.

    [2] ID., Totalité et infini [1961], Le Livre de Poche, coll. « Biblio-essais », p. 285-286.

    [3] Benoît XVI, Deus caritas est, n. 7.

    A suivre… dernière partie, vendredi 26 janvier : Virilité combattante et chasteté –  4eme partie : La chasteté comme vertu guerrière

  • Messieurs, halte au sentimentalisme !

    Messieurs, halte au sentimentalisme !

    Oui ! Dieu est amour ! Oui ! Dieu nous demande de l’aimer, d’aimer notre prochain, d’aimer nos ennemis ! Mais non : nous ne sommes pas condamnés à être des hommes conduits par le sentimentalisme, la sensiblerie, la faiblesse… Mais tout d’abord, connaissez-vous la définition que le Larousse donne du sentimentalisme ? « Attitude de quelqu’un qui se laisse guider par une sensibilité exacerbée. »

    eastwood clint

    Hommes catholiques : le Christ vous libère du sentimentalisme, car il vous conduit au vrai Amour ! La sensibilité exacerbée est une aliénation dont le Christ vous libère via la bonne nouvelle de l’Évangile, Lui seul doit être notre guide.

    Notre société nous présente un amour appartenant exclusivement au domaine du sentiment, marqué par la culture hollywoodienne, héritière du romantisme. Sentir, ressentir… sans le savoir, un grand nombre de catholiques se sont éloignés de la foi en acceptant le diktat du monde du ressenti. Les « bons » sentiments conduisent à tant d’aberrations, tant de chemins de souffrances… ils sont souvent un masque devant des faiblesses de la Volonté et/ou de l’Intelligence. Ces « bons » sentiments guident les choix de mariage (suivis de tant de divorces), les choix éducatifs (suivi d’une intelligence si peu formée), les choix de parrain/marraine (suivi d’une foi si peu transmise), etc…

    Pourtant l’amour n’est pas seulement un sentiment, mais un acte de volonté, une aptitude à se donner en vue du bien d’autrui, souvent d’ailleurs très loin de notre ressenti. Marthe Robin donnait cette définition de l’amour : « Aimer, ce n’est pas sentir, mais consentir« .

    Le 1 mai, lors de la journée des Hommes-Adorateur au Cannet-des-Maures, Mgr Rey nous rappelait l’importance de l’autorité liée à la virilité : « à une époque où nous vivons une assez grande féminisation de la société qui privilégie les relations chaudes, fusionnelles, nous faisant du bien, nourrissant notre ressenti, le rôle du père est indispensable pour inviter à entrer dans un autre monde que celui de la mère. Ce rôle implique un détachement, un dépassement, voire un arrachement. » (son intervention sera bientôt publiée dans son intégralité sur ce site)

    Cet arrachement à la puissance du sentiment est une initiation à la puissance de l’Amour,  celle qui implique une décision, un jugement, une promesse. Cela est valable dans le mariage, dans la vie consacrée, dans la vie du chrétien. Lorsque le Pape Benoît XVI disait au clergé polonais en 2006 : « Le Christ a besoin de prêtres mûrs, virils, capables de cultiver une authentique paternité spirituelle« , il précisait que cette maturité, cette virilité étaient liées à la maturité affective d’un cœur adhérant à Dieu. Les conditions sont simples :

    • l’honnêteté avec soi-même,
    • l’ouverture envers le directeur spirituel
    • la confiance dans la miséricorde divine

    Mais avant cela, il ne demandait pas au jeunes prêtres de s’abandonner à leur ressenti, mais à porter « attention à la qualité de la prière personnelle et à une bonne formation théologique » lesquels « portent des fruits dans la vie »

    Cet article n’a pas une valeur de démonstration, mais son objectif est de nous aider à être libérés de l’aliénation du sentimentalisme. Pour cela, nous vous invitons donc à :

    • Rencontrer le Christ plus intensément à travers une prière guidée par un bon directeur spirituel, lequel vous permettra de prendre du recul sur votre ressenti et donc à le gouverner, sans l’opprimer.
    • Réaliser de plus en plus que le Christ nous parle à travers l’Eglise, à travers son « bon sens », et que la docilité envers ses préceptes aide notre humilité comme notre intelligence à grandir, puisque, humblement et activement, nous nous assujettissons à la Vérité, le Christ, notre Sauveur.

    Courage !

    PS : Le choix de la photo de Clint Eastwood est lié à sa prestation si virile et charitable dans « Gran Torino », mais nous nous gardons de faire de lui un modèle catholique !