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  • Patrimoine et transmission père – fils

    Patrimoine et transmission père – fils

    Faisant écho au week-end Père-Fils des hommes adorateurs de Colmar, il semblait important d’évoquer la notion de patrimoine dans le cadre de la transmission père-fils.

    S’il est – légitimement – fréquent d’évoquer la transmission d’un père vers son fils de caractère d’ordre naturel, de valeurs, de spiritualité, on pense moins souvent à évoquer l’importance de la transmission de ce qu’on nous a nous même transmis : le patrimoine familial.

    Transmettre le 4ème commandement

    Avoir à cœur la transmission du patrimoine est vivre et aider ses enfants à vivre le 4ème commandement : « tu honoreras ton père et ta mère ». Ce commandement est si important que le catéchisme de l’Eglise catholique précise : « Le respect de ce commandement procure avec les fruits spirituels des fruits temporels de paix et de prospérité » (cf. CEC, nos 2197-2200). Loin d’être une considération matérialiste, bien au contraire, c’est remercier les ancêtres pour le dur labeur et souvent les énormes sacrifices qui leur ont permis de garder intact un patrimoine immobilier, des objets patrimoniaux, etc… souvent sans autre désir que de pouvoir transmettre.

    De même que le catéchisme de l’Eglise catholique indique que le patriotisme est un devoir de reconnaissance et de l’ordre de la charité (« L’amour et le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l’ordre de la charité« . CEC, no 2239), le respect du patrimoine familial, à moindre échelle mais comme une pierre du patrimoine qu’est notre patrie, est une manière très incarnée de vivre ce devoir de reconnaissance et de charité.

    Mais il ne faut pas oublier que tout cela  serait bien superficiel si le désordre s’installait comme aimer plus le patrimoine que ses proches, que son prochain. C’est là que le patrimoine prend son sens, le matériel devant être au service spirituel. Ainsi le patrimoine doit en permanence être assujetti aux belles relations familiales, être le vecteur des valeurs qui ont pu construire une famille. De même que la citation d’Alexandre Dumas fils  « L’argent est un bon serviteur mais un mauvais maître », le patrimoine doit être au service de la famille, de ses valeurs.  Sa préservation est ce que le Pape François appelle « la culture d’une identité commune, d’une histoire qui se conserve et se transmet. » (Laudato si, §232)

    Faire fructifier ses talents

    Mais faire honneur à ses ancêtres, ce n’est pas figer, par peur d’abîmer, comme l’ouvrier qui a eu peur de son maître dans la paraboles des talents (Matthieu 25, 14-30).

    En deçà de la magnifique portée spirituelle de cette parabole, elle est aussi d’une grande valeur concernant le sujet que nous évoquons. En effet ce n’est pas la peur qui conduit l’action des deux ouvriers qui ont fait fructifier leurs talents, mais l’obéissance, et la confiance envers le maître qui a donné selon leur capacité (on n’est pas dans l’égalitarisme marxiste porté par notre époque).

    Si notre Seigneur nous demande de porter du fruit, car cela fait la gloire de son Père (« Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. » (Jean 15, 8)), faire fructifier ce nous avons transmis, comme ces bons serviteurs avec les talents, doit toujours être notre perspective. Cette perspective nous empêche d’ailleurs d’être aliénés au patrimoine, puisque nous devons le rendre mobile, l’articuler avec nos proches, avec nos descendants.

    En cela Saint Joseph est un guide certain pour préserver ce patrimoine, comme le Pape François le dit bien dans Laudato si : « Il peut aussi nous enseigner à protéger, il peut nous motiver à travailler avec générosité et tendresse pour prendre soin de ce monde que Dieu nous a confié. » (Laudato si, §242)

    Cela est toujours, bien sûr, à associer au discernement que notre intelligence formée et éclairée par la prière (à genoux devant le Saint Sacrement, chers hommes adorateurs !) doit en permanence mettre en place.

    Dépositaire de la création à travers le patrimoine

    N’oublions pas que tout cela en finalité est une réponse à la mission donnée par Dieu à l’homme, depuis le jardin d’Eden, d’être responsable de la création : « Le Seigneur Dieu prit l’homme et le conduisit dans le jardin d’Éden pour qu’il le travaille et le garde« . (Genèse 2, 15)

    Alors que le Pape François demande de préserver « la maison commune » (Laudato si, §13) qu’est la création, comment saurions nous exercer cette prouesse si nous ne sommes pas capable de préserver la maison commune d’une famille ? Evidemment, pour reprendre ses paroles à l’égard de l’environnement, nos attitudes ne doivent pas être « celles du dominateur, du consommateur ou du pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats » (Laudato si, §11), qui conduisent à la dilapidation du patrimoine familial et national, mais de nous sentir « intimement unis à tout ce qui existe« , afin que « la sobriété et le souci de protection jaillissent spontanément. » (Laudato si, §11)

    C’est dire que dans la perspective d’un bien à transmettre ou transmis, nous ne devons jamais oublier que « la propriété d’un bien fait de son détenteur un administrateur de la Providence pour le faire fructifier et en communiquer les bienfaits à autrui, et d’abord à ses proches. » (Catéchisme de l’Église catholique
    § 2405)

    Que donc la transmission de la préservation de nos patrimoines familiaux, quels qu’ils soient, soit bien présente dans notre éducation, comme le jaillissement d’un acte de gratitude à l’égard de nos ancêtres et de notre Créateur ! 

  • 8 bonnes raisons pour faire son jardin

    8 bonnes raisons pour faire son jardin

    loulouCet article est librement inspiré de l’article américain « 7 Reasons to Become a Gentleman Gardener » 

    Raison 1 : Savoir ce que vous mangez

    Manger sainement est notre désir, ce désir est accentué lorsque nous avons des enfants, pour lesquels nous ne pouvons que désirer ce qu’il y a de mieux. Lorsque nous cultivons nos légumes, même si cela n’est pas parfait, nous savons ce que nous mangeons. Si vous avez des enfants, cela les aide à réaliser que la source de nourriture n’est pas exclusivement les temples de la consommation que sont les supermarchés.

    Raison 2 : Faire des économies

    A qualité égale, il est financièrement préférable de cultiver ses légumes. (Cet argument n’est valable que si vous avez besoin de faire des économies, si ce n’est pas le cas, il est préférable de faire travailler les cultivateurs que vous connaissez, c’est ce que l’Eglise appelle et développe dans la « Doctrine Sociale de l’Eglise » le principe de subsidiarité )

    Raison 3 : Impressionner votre épouse (ou fiancée)

    En lui montrant votre jardin, fruit de votre courageux travail, et en lui permettant de goûter au fruit de ce travail. Vous avez le droit d’utiliser des termes techniques, histoire d’impressionner encore plus !

    Raison 4 : Vous aider à devenir plus autonome

    D’accord, gare au désir d’autosuffisance et donc d’orgueil qui peut se cacher derrière un désir d’autonomie. Toutefois, il est important pour un homme de pouvoir rassurer sa famille en lui permettant de savoir qu’il peut nourrir ceux qu’il aime, pas simplement en présentant de l’argent dans un magasin qui un jour peut être vide…

    Raison 5 : Faire de l’exercice.

    Un esprit sain dans un corps sain ! L’exercice et les efforts que suscite le jardinage vous font du bien. Toutefois, soyez prudents, utilisez bien les jambes, car le mal de dos guette le jardinier.

    Raison 6 : Vous aider à prier

    Le jardin est une allégorie de la vie spirituelle : Sans entretien, les mauvaises herbes l’envahissent et étouffent les bons plants. Il en est de même avec le pêché qui étouffe, aveugle, rend esclave, et empêche votre vie de porter du fruit. Priez donc (le chapelet est très indiqué dans le jardin !), pour demander la grâce qui vous permettra de ne pas laisser votre jardin spirituel étouffé par les mauvaises herbes du pêché. C’est aussi le bon moment pour fixer le jour et l’heure du désherbage indispensable qu’est la confession fréquente !

    jardin

    Raison 7 : Faire son jardin aide à se rapprocher de la création, du réel

    Observer la création , s’émerveiller devant elle, la respecter et respecter patiemment son rythme est un enseignement de chaque instant. La domestiquer sans la tyranniser est une manière de devenir co-créateur, de contribuer à cette belle harmonie qui nous entoure. De plus, voyant combien on est dépendant des règles et « caprices » de la nature, l’humilité ne peut que grandir !

    Raison 8 : Connaitre la valeur des choses et …rendre grâce !

    Pour vous, comme pour vos enfants, difficile de ne pas manger, de laisser dans un coin de l’assiette des légumes qu’on a vu grandir, qu’on a récolté. Il est aussi difficile de négliger l’action de grâce à deux moments :

    • à chaque temps passé dans le jardin, en observant les plants qui partent, le bourgeons qui apparaissent, les fruits qui mûrissent, car nous voyons combien est fragile une récolte,
    • et avant de manger, où le bénédicité prend un sens très concret !

    Bien sûr, tout cela est difficile à appliquer en appartement…

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  • RENTRÉE SCOLAIRE : Apprendre à un enfant à se défendre ?

    RENTRÉE SCOLAIRE : Apprendre à un enfant à se défendre ?

    Nous avons la joie de publier cet article d’un ami contributeur du site des hommes-adorateurs sur la légitime défense, bonne lecture !

    defense enfant - CopieL’apprentissage de l’accueil des vertus se fait d’abord par l’exercice légitime de la légitime défense. C’est-à-dire de l’apprentissage de la vie chrétienne et donc de la défense de sa dignité. La légitime défense de la vie et de sa vie chrétienne comme découlant de la loi naturelle qui nous donne d’ être des hommes libres et respectés, de croire et de professer une foi, et pour nous La Foi (Cf Lumen Gentium), … est avant tout un devoir qui dans l’ordre de la croissance, qu’est aussi la sainteté, est premier. Parce que la légitime défense est fondamentalement raisonnable et le martyr fondamentalement déraisonnable, pas intrinsèquement mais parce qu’il dépasse la raison, comme la Foi dépasse la raison mais ne se contredisent pas. Donc il est raisonnable de dire à un enfant brimé par sa classe de se défendre et de le défendre (je ne m’attache pas au comment). Car s’il est brimé c’est qu’il ne sait pas, ne dispose pas des armes légitimes à la préservation de sa dignité, qui lui est due. A cet enfant il serait déraisonnable de l’engager à l’offrande, au martyr, car l’on offre que ce que l’on a à offrir.

    Concrètement l’enfant en question ne dispose pas de sa dignité car il est en apprentissage de celle-ci. La défendre justement lui permettra de l’acquérir comme un bien propre. Si l’enfant, car déjà saint, c’est-à dire d’une maturité telle qu’il se sait toujours pauvre et dans la main de Dieu et se recevant de Lui, possède déjà sa propre dignité d’enfant de Dieu, alors seulement librement, volontairement, comme le ferait un adulte, cet enfant peut s’offrir poussé par la grâce à subir les outrages de sa classe pour Jésus.

    Ce qui est de l’ordre de l’héroïcité des vertus, ne peut-être exigé d’une personne extérieure et à fortiori d’un éducateur, d’un responsable. La Sainteté et donc le martyr est le fruit d’une croissance. Ce serait dans le cas présent une grave erreur de sa part et témoignerai de sa non compréhension de la parole de Dieu concernant le fait que tendre sa joue gauche après la droite, est de l’ordre du « conseil évangélique » pour la Perfection (Jésus ici donne le but à atteindre, pas ce qu’il faut faire quand on y est pas encore arrivé : tendre sa joue, après l’autre alors qu’en fait on vous l’arrache n’est pas une offrande, mais de la faiblesse : ce qui se combat avec la vertu de force). Il s’adresse à ceux, qui sous la motion de l’Esprit Saint, il est donné par ce même esprit de témoigner, concrètement témoigner de ce qu’ils reçoivent de Lui et pas d’eux-mêmes. Le martyr est d’abord une invitation divine, puis une libre réponse de l’homme à celle-ci. Car il est du martyr comme de l’Amour divin qui ne peut être contraint et inconscient, absolument.

    La bonne nouvelle c’est que si vous êtes confronté à une situation de martyr et que vous dîtes « semper parati », toujours prêt, c’est l’Esprit Saint, Himself, qui vous fera témoigner et même endurer, ce qui ne peut l’être humainement. Ce qui explique les récits véridiques de la « légende dorée » par exemple d’un Saint Laurent qui déclare sur le gril : retournez-moi je ne suis pas assez grillé de ce côté-ci !

    Sans l’Esprit Saint par une Grâce particulière, personnelle et actuelle ni moi, ni vous n’irons au martyr, déjà la légitime défense est un sacré défi, alors le martyr n’en parlons pas. Mais nous sommes sacrément assistés  !

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  • Autorité paternelle et vouvoiement (2/2)

    Autorité paternelle et vouvoiement (2/2)

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    Voici la deuxième partie de l’extrait de l’ouvrage « le bénédicité » de Mgr Gaume, où il évoque le vouvoiement. La première partie a eu le mérite de susciter des réactions, donc de provoquer des réflexions. Puisse celle-ci continuer, sans peur, à nous aider à mettre en perspective nos habitudes familiales à la lumière de l’histoire et… au delà des modes !

    Lien vers la première partie

    Je monte aujourd’hui sur ma chaire de professeur, pour te démontrer à toi et à tous, la thèse annoncée à la fin de ma dernière lettre. J’en reprends les quatre parties dans l’ordre indiqué, et sans préambule, je dis :

    1° Le tutoiement, surtout des enfants aux parents, est une formule honteuse dans son origine.

    Cette formule, inconnue dans notre histoire, a pour auteurs des hommes dont on ne peut prononcer le nom sans rougir. Ces hommes sont les sans-culottes de 93. Tel est le nom qu’eux mêmes se donnaient. Ces misérables plagiaires des anciens Brutus, voulant nous ramener à la sauvagerie païenne, donnèrent à l’Europe le spectacle humiliant d’une nation en délire; et, par une longue suite de parodies ridicules et atroces, jetèrent la France dans un cloaque de sang et de boue. Venons aux preuves : comme toutes les mesures révolutionnaires, la modification républicaine du langage fut réclamée au nom de l’antiquité païenne.
    Un des démocrates s’exprime ainsi : « Les Spartiates, les Grecs et les Romains disaient Tu et non pas Vous ; si nous voulons la liberté, parlons-en le langage. Je propose donc à tous les bons citoyens, à tous les amis de la liberté, d’adopter le langage pur et simple de la Nature ». La motion est accueillie avec faveur, et on décrète sous peine de mort, qu’à l’exemple des peuples libres de l’antiquité, tout le monde se tutoie. « L’esprit de fanatisme, d’orgueil et de féodalité, est-il dit, nous a fait contracter l’habitude de nous servir de la seconde personne du pluriel, lorsque nous parlons à un seul.
    « Beaucoup de maux résultent de cet abus. Il oppose une barrière à l’intelligence des sans-culottes ; il entretient la morgue et éloigne les vertus fraternelles. En conséquence, tous les républicains seront tenus à l’avenir de tutoyer, sans distinction, ceux ou celles à qui ils parleront en un seul, sous peine d’être déclarés suspects et ennemis de l’égalité. »

    Au malheureux déclaré suspect, tu sais que de plein droit revenait l’échafaud. En vertu de ce décret., sanctionné par la mort et digne des Saturnales du paganisme, maîtres et serviteurs, parents et enfants, supérieurs et inférieurs, n’employaient plus en se parlant que le tu du sans-culottisme. J’ajoute en passant qu’en vertu du même principe égalitaire, un décret défendit d’appeler les domestiques, domestiques : on devait leur donner le nom d’officieux et d’officieuses. (…). Mais cette formule révolutionnaire n’est pas seulement honteuse dans son origine ; elle est encore absurde en elle-même.

    2° Absurde en elle-même, cette formule a pour but d’établir une égalité contre nature.

    Tant qu’il sera vrai que les père et mère, sont les père et mère de leurs enfants, il sera vrai qu’ils sont de droit naturel, divin et humain, les supérieurs de leurs enfants. Par une conséquence forcée, il sera également vrai qu’entre eux et leurs enfants toute égalité est contre nature. Il en résulte que la formule qui tend à établir et à manifester cette égalité, est radicalement absurde.
    Que les parents ne disent pas : Nous autorisons le tutoiement pour faire de nos enfants nos amis et gagner ainsi, quand ils seront plus avancés en âge, leur affection et leur confiance. Rien n’est plus chimérique qu’une pareille prétention, parce que rien n’est plus faux qu’un pareil raisonnement.
    D’abord, l’amitié est un sentiment qui suppose l’égalité. Or, nous venons de voir que l’égalité entre les parents et les enfants, est radicalement impossible. Ainsi, en voulant faire de leurs enfants leurs amis, les parents oublient leur dignité, et abdiquent, autant qu’ils peuvent, leur titre imprescriptible de père et de mère : ce qui est absurde en soi. Ensuite, on peut ajouter coupable devant Dieu- L’autorité paternelle et maternelle n’est pas une propriété : c’est un dépôt. Les parents en doivent compte à Dieu de qui vient toute paternité. Il ne leur appartient pas d’en céder la moindre partie. Confiée tout entière, elle leur sera redemandée tout entière.
    Ainsi tout acte, toute concession, toute formule qui tendrait à l’affaiblir, doit être l’objet de leur vigilance et de leur réprobation.
    Quant à la confiance et à l’affection plus grandes qu’on prétend obtenir par le tutoiement, c’est une nouvelle illusion. Le tutoiement n’est bon qu’à produire une familiarité déplacée : rien de plus. Tenons pour certain, d’après l’expérience de tous les siècles, que la confiance et l’affection des enfants sont toujours en raison directe de leur respect filial pour leur père et pour leur mère.
    Loin d’affaiblir ou d’étouffer dans le cœur des enfants la confiance et l’affection, le respect filial en est le véritable principe. Plus un enfant respectera son père et sa mère, plus il sera disposé à leur ouvrir son coeur, à leur être agréable, à demander avec abandon et à recevoir humblement leurs conseils.
    A-t-on des preuves que dans les siècles passés, et même avant la révolution de 93, alors que le tutoiement était inconnu, les enfants avaient pour leur père et mère, moins d’affection et moins de confiance que ceux d’aujourd’hui? Qu’on dise si, même à l’heure qu’il est, dans les familles qui ont conservé le Vous respectueux, les enfants sont moins confiants, moins respectueux, moins dociles, qu’ils ne le sont dans celles, où se perpétue le Tu révolutionnaire.

    Honteuse dans son origine, absurde en soi, la formule du tutoiement est encore funeste dans son application.

    3° Funeste dans son application.

    L’esprit d’insubordination est la grande plaie de notre époque : personne ne veut plus obéir. Voilà ce qu’on entend répéter chaque jour avec effroi. Cet esprit d’insubordination est tellement général, et nous menace de tant de calamités, qu’il est plus nécessaire aujourd’hui que jamais, de veiller avec un soin jaloux au maintien du principe d’autorité. Assemblage de famille, la société si profondément ébranlée ne se raffermira, qu’autant que la famille elle-même sera redevenue une école de respect. Elle ne le redeviendra pas, si dans le langage, comme dans les actes, tout ne respire l’autorité d’une part et le respect filial de l’autre.
    Or, la formule du tutoiement loin d’affermir l’ordre hiérarchique divinement établi, pour la conservation de la famille et de la société, est propre à l’affaiblir et à le ruiner. Dès le bas âge, elle tend à placer l’enfant sur je ne sais quel pied d’égalité avec son père et sa mère. Développé avec les années, ce germe funeste engendrera une familiarité malsaine qui, aux jours de l’adolescence, deviendra l’esprit d’insubordination.
    Puis, comme conséquence inévitable, ce que nous voyons trop souvent, les impertinences et les révoltes des enfants, les larmes des mères, les emportements des pères. Tel est le juste salaire de l’imprudence avec laquelle on a négligé de faire respecter, dès l’enfance, l’autorité paternelle, en laissant pénétrer dans le foyer domestique, entre autres principes d’insubordination, le tutoiement révolutionnaire.

    4° Outrageante pour les parents.

    La malheureuse formule que nous combattons n’est pas seulement honteuse, absurde et funeste à la famille, il faut ajouter qu’elle est souverainement outrageante pour les parents : tant pis pour eux s’ils ne s’en aperçoivent pas. Pour tout homme de bon sens, il est incompréhensible qu’un père et une mère, soucieux de leur dignité, puissent en tolérer l’usage.
    Entrons d’abord dans l’intérieur de la famille. Si les enfants ont un précepteur ou une institutrice, il est inouï qu’on leur permette de les tutoyer : une pareille inconvenance sauterait aux yeux de tous.
    Sortons du foyer domestique et supposons-nous dans une assemblée, composée de personnes respectables à un titre quelconque. Toutes les fois que les enfants ont à répondre à une ou l’autre de ces personnes, ils se servent invariablement du Vous; s’ils osaient employer le Tu, l’assemblée tout entière en serait choquée. Elle prendrait ces enfants pour de petits sauvages ou de petits sans-culottes. Leurs parents rougiraient, et, le moment venu, les jeunes impertinents seraient l’objet d’une sévère mais juste réprimande.
    Parmi les membres de l’assemblée les personnes à qui les enfants doivent le plus de respect sont, à coup sûr, leur père et leur mère. Eh bien, par une anomalie choquante, c’est à eux que dans leur langage ils en témoignent le moins. À leur égard, ils se permettent ce qui leur est strictement défendu à l’égard des étrangers. Et il y a des pères et des mères qui n’y voient aucune inconvenance ! Que dis-je ? Ils trouvent même de bon goût que leurs fils et leurs filles les tutoient !
    Veux-tu que je te dise sans phrase ce que cela signifie ? Cela signifie que ces aveugles parents trouvent tout naturel que leur enfant emploie, pour leur parler, la même formule dont il se sert pour appeler son valet ou son chien! Mon Dieu, éclairez-les : car ils ne savent ce qu’ils font.

  • L’éducation par l’expérience

    L’éducation par l’expérience

    En tant que partenaires du colloque du 1 février 2014 : « Les parents, premiers et principaux éducateurs », dans cette même thématique, nous vous proposons une catéchèse de Benoit XVI sur Saint Jérôme, Père de l’Eglise, qui souligne combien les parents sont les principaux éducateurs des enfants, les premiers maîtres de vie. Pères, nous y voyons combien notre exemple d’homme est indispensable. Bonne lecture !

    jerome » On ne peut passer sous silence, l’apport de Jérôme en matière de pédagogie chrétienne. Il se propose de former « une âme qui doit devenir le temple du Seigneur ».

    En une intuition profonde, il conseille de la préserver du mal et des occasions de péché, d’exclure les amitiés équivoques ou causes de dissipation.

    Surtout, il exhorte les parents

    • à créer une ambiance de sérénité et de joie autour de leurs enfants,
    • à les stimuler dans leurs études et dans leur travail, sans oublier les félicitations et l’émulation,
    • à les encourager à surmonter les difficultés,
    • à favoriser leurs bonnes habitudes et à les empêcher d’en prendre de mauvaises, parce que (et ici il cite une phrase de Publilius Syrus entendue à l’école) « c’est à grand-peine que tu réussirais à te corriger de ces choses auxquelles tu es en train de t’habituer tranquillement ».

    Les parents sont les principaux éducateurs des enfants, les premiers maîtres de vie.

    Avec beaucoup de clairvoyance, Jérôme s’adressant à la mère d’une jeune fille avant de se tourner vers le père, les avertit, presque comme s’il exprimait une exigence fondamentale de toute créature humaine qui se présente à l’entrée dans la vie : « Qu’elle trouve en toi sa maîtresse, et qu’elle te regarde avec admiration en sa jeunesse inexpérimentée. Ni en toi, ni en son père, qu’elle ne voit jamais aucun acte qui la porte au péché s’il était imité. Souvenez-vous […] que vous pouvez l’éduquer davantage par l’exemple que par la parole ».

    Parmi les principales intuitions de Jérôme comme pédagogue, il faut signaler l’importance qu’il attribuait à

    • une saine éducation intégrale dès le début de la petite enfance,
    • l’importance particulière reconnue aux parents,
    • la nécessité du sérieux de la formation morale et religieuse,
    • l’exigence des études pour une formation humaine plus complète.
    • De plus, un aspect assez inattendu dans ces temps antiques mais que notre auteur considérait comme vital est la promotion de la femme, à qui il reconnaît le droit à une formation complète : humaine, intellectuelle, religieuse, professionnelle.

    jerome champaigneEt nous voyons bien aujourd’hui comment l’éducation intégrale de la personnalité, l’éducation à la responsabilité devant Dieu et devant les hommes, est la véritable condition de tout progrès, de toute paix, de toute réconciliation et de toute exclusion de la violence. L’éducation devant Dieu et devant les hommes : c’est la Sainte Écriture qui nous présente le guide de l’éducation et, en cela, du véritable humanisme.

    Il n’est pas possible de conclure ces rapides remarques sur la grandeur de ce Père de l’Église sans souligner l’efficacité de sa contribution à la sauvegarde de ce qui était positif et valable dans les éléments d’antiques cultures hébraïque, grecque et romaine passés dans la civilisation chrétienne en train de naître. Jérôme a reconnu et assimilé les valeurs artistiques, la richesse des sentiments et l’harmonie des images présentes dans les classiques, qui éduquent le cœur et l’imagination à de nobles sentiments. Par-dessus tout, il a mis au centre de sa vie et de son activité la Parole de Dieu, qui montre à l’homme les sentiers de la vie et lui révèle les secrets de la sainteté. De tout cela, nous pouvons, encore aujourd’hui, lui être profondément reconnaissants.

    Le texte complet http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2007/documents/hf_ben-xvi_aud_20071114_fr.html

    Site du colloque du 1 février 2014 : « Les parents, premiers et principaux éducateurs »