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  • Mariage chrétien, comment haïr son père et sa mère ?

    Mariage chrétien, comment haïr son père et sa mère ?

    Nous remercions notre ami Yvan Pelletier, de la Faculté de Philosophie Université Laval de Québec, qui nous permis de publier ce texte sur le couple, qu’il a rédigé en vue de préparer des couples québécois au mariage :

    Le couple chrétien doit se libérer de la vision que le monde transmet habituellement du mariage

    Depuis le début, nous parlons de couple chrétien par ci, de mariage chrétien par là, et nous en promettons des merveilles. Peut-être que tu te dis que tu en connais en masse des couples mariés chrétiennement, et que ça ne les sauve pas de grand chose. Peut-être même que tes parents, mariés chrétiennement, ont abouti à un divorce et que cela t’handicape profondément, face à des relations d’amour avec un homme, avec une fem­me. Mais attention! Qu’est-ce que c’est que cela, un cou­ple d’esprit chrétien ? C’est quelque chose de merveilleux, mais que vous ne pouvez pas imaginer, tellement c’est différent de ce qu’on voit. Moi, je te dis: peut-être que tu n’as jamais vu un couple chrétien, tellement c’est rare, un couple véritablement animé par l’esprit de Jésus Christ. Un cou­ple chrétien, ça ne se fait pas par magie ; il ne suffit pas d’une cérémonie de mariage à l’église, en robe blanche et nœud papillon, avec les fleurs et les chants d’amour. Il ne suffit pas d’une bonne volonté ignorante. La foi vient de la prédication ; la mentalité chrétienne aussi, jusque dans le mariage

    Pour être à même de comprendre ce qui constitue le couple chrétien, il faut se libérer de la vision que le monde transmet habituellement du mariage. C’est dans la Parole de Dieu que nous pouvons trouver la nature chrétienne du couple, c’est-à-dire le plan de Dieu sur le couple.

    Le Créateur, dès l’origine, les fit homme et femme, et il dit : l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair.  (Mt 19, 4-5)

    pereQuitter son père et sa mère, cela ne se limite pas au fait matériel de sortir de leur maison. Pour te marier vraiment, pour faire un avec ta fem­me, tu as besoin de te libérer de l’attachement aux us et cou­tumes de ta première fa­mille, de rompre avec toutes les vraies et uniques façons de faire les choses ; sinon, tu vas toujours chercher à les imposer à ton conjoint comme la seule vérité : il n’y a qu’une seule façon et un seul temps correct de faire la vaisselle ! de faire le ménage ! le lavage, ça se fait le lundi à cinq heures du matin ! on ne se crie pas d’une pièce à l’autre ! ma mère faisait bien mieux la tarte au sirop que toi ! c’est ma mère qui fait les meilleurs spaghettis de Québec ! on met ses bottes talons au mur ! on ne se lève pas de table, on demande ce dont on a besoin ! Un mariage, c’est la rencontre de deux éduca­tions différentes, de deux mondes différents : il faut que ces deux mondes cessent d’exister pour qu’une nouvelle famille naisse, dans une communion véritable, et que le mari et la femme fassent véritablement une seule chair. Ta famille, dorénavant, c’est ta femme et tes enfants ; pas ton père et ta mère et tes frè­res et tes sœurs ; ça, c’est la famille de ton père.

    La rupture avec les parents doit être pro­fon­de, pour que le mariage devienne chrétien

    Tu sous-estimes certainement comment cette rupture doit être pro­fon­de, pour que le mariage devienne chrétien. Jésus, en tout cas, ne mâ­che pas ses mots:

    Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère… il ne peut être mon disciple. (Lc 14, 26)

    Qu’est-ce que c’est que cette haine de ton père et de ta mère si indispensable pour que tu sois chrétien, spécialement dans le mariage ? Haïr, ici, c’est renoncer à l’affection de tes parents, c’est ne plus ressentir un besoin absolu de leur approbation, de manière à pouvoir entrer dans une nouvelle réalité, dans un nouveau critère : la volonté de Dieu. Haïr tes parents, comme te le demande Jésus Christ, c’est le détachement de tes parents qui va te permettre, malgré leurs reproches, leurs pointes, ou n’importe laquelle de leurs réactions, en encourant même le risque qu’ils s’imaginent que tu ne les aimes pas ou même que tu les hais, de renoncer aux modèles païens du mariage qu’ils t’ont transmis et que tu as spontanément tendance à reproduire.

    Enfants de parents divorcés ?

    Car, quelle conception du mariage hérites-tu de tes parents et de la société qui t’entoure ? Tes parents sont-ils divorcés ? Alors tu portes une blessure affective grave : c’est presque impossible pour toi de croire à l’amour, à un amour qui dure. Car, là où tu aurais dû voir l’expérience de l’amour, tu as vu l’échec. Au fond de toi, le mariage conduit au divorce. Tu en as peur: “Suis-je normale de ne pas trop croire au mariage, ni à l’amour de mon ami ? Mes parents se sont mariés quand j’avais 7 ans et divorcés quand j’en avais 14.” Même s’ils ne sont pas divorcés, peut-être te conseillent-ils de ne pas te marier, pour avoir moins d’embarras quand ça va flopperOu de ne pas te marier tout de suite, d’essayer un peu avant. Or cela, c’est loin du couple chrétien!

    Haïr ses parents, c’est permettre une création si neuve que tu ne peux même pas la concevoir

    Comment as-tu vu tes parents ? Des personnes égales ? parallèles ? indépendantes ? Qui décidait, au fond, chez toi? N’était-ce pas ta mère, comme dans beaucoup de familles québécoises, qui fonc­tionnent sur le mo­dè­le d’un ma­triar­chat infor­mel ? Quelle était la valeur dominante, chez vous ?  que personne ne soit dérangé ? le confort ? la liberté de chacun ? Ta famille était-elle une juxtaposition de personnes qui vivent en parallèle, en tâchant de ne pas se nuire ? Haïr, c’est renoncer aux modèles que tu as reçus au sujet du mariage, aux modèles sur la façon d’être époux, épouse, père ou mère. Car ce que Dieu veut faire avec toi, si tu le veux, c’est une création si neuve que tu ne peux même pas la concevoir. Aussi, pour écouter ce qui suit, tu dois quitter tes schémas, tes idées préconçues, comme Abraham, qui a tout quitté pour entrer dans l’inconnu, avec Dieu pour guide.

    On a besoin d’haïr tout cela pour retrouver la vision biblique, judéo-chré­tienne, du couple. Comme à Abraham, il t’est dit : « Quitte ton père et ta mère, pour aller dans le pays, dans le mariage que je te montrerai. »

    à suivre…

  • Le mariage chrétien n’est pas une obligation mais une vocation

    Le mariage chrétien n’est pas une obligation mais une vocation

    Nous remercions notre ami Yvan Pelletier, de la Faculté de Philosophie Université Laval de Québec, qui nous permis de publier ce texte sur le couple, qu’il a rédigé en vue de préparer des couples québécois au mariage :

    Sans Jésus-Christ, on ne peux pas faire l’expérience d’aimer pour le vrai

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    Peut-être es-tu pas mal certain que l’Église n’a rien de concret à t’apprendre sur le mariage, parce qu’après tout, l’amour, la sexualité, le mariage, ce sont des choses naturelles, et que le bon sens devrait suffire : pas besoin de théories ni de raisonnements dans les affaires de cœur ! Peut-être t’attendais-tu à des rencontres d’animation pour régler des questions pratiques, pour te faire admettre l’importance de dialoguer dans le cou­ple, de bien faire le budget, de se mettre d’accord, avant de partir, sur le nombre d’enfants qu’on veut, de manière, en somme, à éviter des chicanes de couple et à retarder le plus possible le divorce.

    Mais ici, nous ne faisons pas de théorie, pas de techniques d’animation, pas d’ateliers d’exercices, parce que, quand tu te retrouves marié, tout cela part en fumée et il ne t’en reste rien qui t’aide, dans les problèmes et les difficultés de toutes sortes qui se présentent. Ici, nous t’annonçons simplement Jésus-Christ, sans qui tu ne peux pas faire l’expérience d’aimer pour le vrai. Nous t’avons invité à regarder ta nature, ton tempérament, ta situation, et à réaliser que, bâti comme tu l’es, avec toujours la peur de mourir, égoïste, tu es seulement capable de vider l’autre, de te nourrir de son affection, mais pas de l’aimer. Nous t’avons invité à connaître le Dieu qui t’aime comme tu es, qui se donne totalement à toi, qui n’a pas peur que tu le tues, qui se laisse effectivement tuer par toi sur la croix, mais qui ressuscite et qui t’offre de te transmettre son Esprit, un Esprit qui te permette d’aimer ton conjoint de la même façon. Le mariage chrétien, c’est justement le lieu où se transmet cet Esprit, cette capacité d’aimer pour le vrai, dans le don total de soi, jusqu’à mourir pour l’autre dans le quotidien.

    Le mariage chrétien, ce n’est pas une obligation, ni une chose qu’on fait pour ne pas déplaire à la famille

    Le mariage chrétien, ce n’est pas une obligationni une chose qu’on fait pour ne pas déplaire à la famille : c’est une vocation, un appel de Dieu, une mission très grande. Entre en toi et demande-toi si tu es appelé à aimer ainsi, si c’est à toi que le Seigneur veut donner son Esprit. C’est la même question que de vérifier si tu es baptisé, car c’est l’appel ordinaire du baptisé; à moins d’un appel spécial à se donner plus directement au Christ dans un célibat consacré — prêtre, religieux, religieuse —, tout baptisé est appelé à signifier dans le mariage l’amour du Christ pour l’humanité, qu’il appelle à devenir son Église, son Corps. Si cette façon d’aimer ne te concerne pas, c’est que tu n’es pas baptisé ; si tu es baptisé et que cette façon d’aimer ne t’attire pas, c’est que ton baptême a sombré dans le coma. Mais de toute façon, le Seigneur offre, il n’oblige pas. 

    Suite : Dans le mariage, comment haïr son père et sa mère ? 

  • Le couple chrétien, une seule chair

    Le couple chrétien, une seule chair

    Nous remercions notre ami Yvan Pelletier, de la Faculté de Philosophie Université Laval de Québec, qui nous permis de publier ce texte sur le couple, qu’il a rédigé en vue de préparer des couples québécois au mariage : 

    mariage« Il y a une autre dimension fondamentale du mariage chrétien, mais on y prête peu attention, parce qu’on est habitué à l’expression employée par l’Écriture. Cela nous semble chose tellement évidente qu’on en reste à une interprétation très superficielle. Cette expression est employée, elle aussi, dès le début des Écritures, dans le récit de la Genèse : « L’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair. » (Gn 1, 24) J’ai parlé tout à l’heure de ce que signifie “quitter son père et sa mère”. Maintenant, arrêtons-nous à l’autre partie de cette phrase : “Il s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair”. En entendant l’expression, tu as évidemment pensé à l’union physique des conjoints dans l’acte sexuel. Mais par-delà cette évidence, il y a plus.

    Une seule chair, oui, cela se réalise d’abord dans l’union sexuelle, mais, justement, cette union crée un nouvel être, un être un. Adam lui-même dira, en voyant Ève : “Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair” (Gn 1, 23), et saint Paul soulignera que le corps de la femme mariée ne lui appartient plus, mais appartient à son mari, et que, de même, le corps du mari ne lui appartient plus, mais appartient à sa femme (voir 1 Co 7, 4). En entendant cela, nous sommes portés à penser, superficiellement et sentimen­talement, que le mariage, c’est un peu la juxtaposition de deux personnes, qui font une seule chair dans l’acte sexuel. Pour un Juif, c’est-à-dire pour le peuple avec lequel Dieu a inauguré la révélation de la vérité, il en va tout autrement. Dans l’anthropologie juive, ou, si on veut, dans la conception juive du mariage, cette seule chair créée par le mariage est permanente et comporte plusieurs rôles. Deux principaux au départ : une tête, l’homme, et un corps, la femme. Comprenons-nous bien, parce qu’ici, il y a une révélation très sérieuse, que peu de gens comprennent.

    Tout, dans la façon dont les choses sont créées, dans les personnages et les événements de l’histoire du peuple élu, et dans l’Écriture, tout, absolument tout, dira saint Paul, est une figure de celui qui devait venir : Jésus Christ. Le monde, les étoiles, l’infini, le soleil, la lune, les animaux, les saisons, la naissance, la mort, tout est là pour parler de Dieu, de son amour, des hommes, du péché, de la mort, de la croix de Jésus Christ, de la résurrection… Le couple, par-dessus tout, dans sa constitution, dans les caractères propres à l’homme et à la femme, trouve son explication ultime en Jésus Christ et, en même temps, devient le grand sacrement, comme dira saint Paul (voir Ep 5, 32), du mystère du Christ et de l’Église. Voyons cela de plus près.

    Disons d’abord que la dignité égale de l’homme et de la femme, créée d’une côte près de son cœur, est déjà mise en relief dans la Genèse et dans bien d’autres endroits encore. Ici, il ne s’agit pas de mettre cela en doute. Le chrétien a un énorme respect, un émerveillement profond pour la femme, une conscience de sa dignité qui tranche sur toutes les autres cultures. En opposition, par exemple, avec bien des coutumes orientales, qui asservissent la femme à l’homme, qui mettent même parfois en doute sa nature humaine, le fait qu’elle soit animée d’une âme égale en dignité avec celle de l’homme. Bien des religions la traitent en être inférieur, la cachent, la font taire, la rendent responsable des fautes de l’homme : l’Islam, par exemple. En opposition aussi avec des façons de faire plus proches de nous, où on prétend défendre l’égalité de la femme alors qu’en fait on la méprise au point que pour la réhabiliter on ne voit pas mieux que de nier sa féminité et de prétendre en faire un homme. Par cette prétention, et par toutes les plaisanteries qui circulent sur la femme, sur les blondes, on voit que la prétendue libération de la femme est bien superficielle. L’Église ne fait pas un homme avec la femme. Elle reconnaît sa dignité propre, et un rôle original, complémentaire avec celui de l’homme. D’ailleurs, l’être humain que le chrétien vénère le plus, après Jésus Christ, qui est Dieu, est une femme : Marie, sa mère.

    Déjà, dans tout l’Ancien Testament, Dieu se révèle comme un Père, il parle de lui comme d’un Époux et d’Israël comme d’une femme, épouse tantôt fidèle, tantôt adultère. En Jésus Christ, tout devient limpide : il est, Lui, le Fils de Dieu, le Nouvel Adam de qui, pendant le sommeil de sa mort, et de son côté ouvert par un coup de lance, Dieu tire l’Église, nouvelle Ève. L’Église, c’est toi, c’est moi, c’est un peuple que Jésus Christ a épousé par amour, pour ne faire avec Lui, avec toi, qu’une seule chair. L’Église, c’est le corps de Jésus Christ; Jésus Christ, c’est la tête de l’Église : tu vois comme on rejoint l’anthropologie du peuple juif, qui portait la vérité sans en connaître tout le sens. »

  • L’homme pour la femme : chef naturel mais non tyran naturel.

    L’homme pour la femme : chef naturel mais non tyran naturel.

    Mamie et PapiLes rôles des femmes et des hommes ne sont pas interchangeables… et impossible de parler de l’un sans parler de l’autre car l’un éclaire l’autre. C’est là une merveille anthropologique : sans hommes, pas de femmes et sans femmes, pas d’hommes ! Chers frères d’armes du combat spirituel, soyons de plus en plus des hommes pour que les femmes soient de plus en plus des femmes : pour votre épanouissement, celui de votre épouse, celui de vos enfants, celui de la société !

    Un ami des hommes-adorateurs, Yvan Pelletier de la Faculté de Philosophie Université Laval de Québec, a écrit ce texte édifiant, une analyse des écrits d’Edith Stein sur les rôles respectifs de la femme et de l’homme :

    Dès l’origine, homme et femme sont appelés à collaborer à une mission commune : traduire en image la divinité et, à cette fin, prolonger l’oeuvre de la création, dominer et tourner au bien humain l’ensemble de l’univers matériel. Or nécessairement collaboration implique coordination. Quelqu’un doit discerner et décider comment se déroulera concrètement la collaboration. Aucune collaboration ne se passe de chef. Et par conséquent, d’obéissance à un chef. Édith Stein voit très bien que cette assistance à l’homme à laquelle est vouée la femme, que cet appel de la nature à donner son être et sa vie à un mari, passe par l’obéissance. C’est leur nature spécifique qui confie à l’homme le commandement sur la femme et la famille, et qui veut que la femme obéisse à son mari.

    La participation à la vie du mari implique, par analogie, la subordination dans l’obéissance, telle qu’elle est ordonnée par la parole de Dieu.

    Edith Stein, L’éthos…

    C’est à l’homme, en premier, et à la femme, en second et à titre d’assistant, que Dieu, par les lois qu’il a imposées à la nature, confie de dominer la terre.

    L’homme et la femme sont destinés à dominer la terre, c’est-à-dire à connaître les choses de cette terre, à en jouir et à leur donner forme par un acte créateur. Cependant, cette oeuvre civilisatrice est assignée à l’homme comme sa mission première, et la femme est placée à ses côtés en tant qu’aide.

    Edith Stein, L’éthos…

    Voilà qui porte chaque homme à concrétiser cette mission dans la réalisation d’un objet plus spécifique qui devient sa mission à lui, l’objet de sa vie, son ambition. D’elle-même, la femme est indifférente à pareil objet, réticente même à toute forme de spécialisation susceptible de distraire du développement harmonieux du tout de la personne. Mais en répondant à cet appel de la nature qui la fait l’aide adéquate de tel homme en particulier, sa femme, la voilà qui prend à cœur la mission, l’objet qui passionne et mobilise son mari. Elle voudra tout faire pour que son mari réussisse dans son entreprise. Cela se fera toutefois bien sûr sous sa gouverne.

    L’homme est, par nature, au service immédiat de son objet; la femme se met au service du dit objet par amour pour lui, et il convient donc que cela se produise sous la conduite de ce dernier.

    Edith Stein, L’éthos…

    Cependant, l’obéissance naturelle de la femme ne se confine pas dans le contexte du travail de son mari. Même ce qui relève principalement d’elle, donner le jour à des enfants et leur donner l’éducation fondamentale, elle le fait naturellement sous l’autorité de son mari. Dans cette mission, le mari est à son tour l’assistant : il en pourvoit le cadre et les instruments, la maison, la nourriture et le vêtement; de même que la sécurité. Mais même là il reste le chef naturel et la femme trouvera son bonheur à enfanter et éduquer sous son autorité.

    Que le devoir d’obéissance dépasse ce cadre et s’étende aussi à ce qui ressortit au domaine immédiat de la femme : au foyer et à l’éducation, cela découle moins de la spécificité féminine que de la vocation naturelle de l’homme, qui est d’être le chef et le protecteur de la femme. À cette destination naturelle correspond également l’inclination naturelle de la femme à obéir et à servir.

    Edith Stein, L’éthos…

    Édith Stein se sent même à l’aise de paraphraser à l’appui une déclaration très forte de l’Iphigénie de Goethe : « C’est obéissante que je me suis toujours sentie merveilleusement libre. »
    Pour elle, cela ne fait pas de doute : la nature a consacré l’homme comme chef de la famille et comme chef de la femme. Et cela ne fait pas plus de doute, ni ne constitue plus d’injustice que dans le cas du corps animal, où sans aucun conteste les autres membres reconnaissent la tête pour leur chef et collaborent en lui obéissant au bien du corps entier.

    De même que, dans un organisme individuel, tous les membres sont dirigés par la tête et qu’ainsi se trouve maintenue l’harmonie de l’ensemble, de même, dans un organisme étendu, il doit y avoir un chef et, dans un organisme sain, il ne saurait y avoir de querelle pour déterminer qui est la tête, qui sont les membres et quelles sont leurs fonctions respectives.

    Edith Stein, La vocation

    Chef naturel oui, mais non tyran naturel. L’homme répond à sa nature quand il commande à sa femme. Mais il y répond plus complètement quand il la commande comme on commande à un être libre, égal. Et même supérieur en discernement et en expérience en certains domaines. À la maison, la prudence du mari résidera en ‘décidant’ la plupart du temps ce que sa femme lui aura ‘suggéré’, elle qui est plus présente aux affaires familiales, aux besoins de toute la maisonnée, aux problèmes particuliers de chaque enfant.

    Étant donné que l’homme n’est pas parfait, qu’il est une créature dotée de divers dons et pourvue de nombreuses imperfections, sa suprême sagesse consistera à contrebalancer ses imperfections par les dons du membre qui le complète, de même que la suprême sagesse politique du souverain consistera à laisser gouverner le ministre dont il aura reconnu la supériorité. Mais il est essentiel pour la santé de l’organisme que cela se fasse sous la conduite du chef. Si le corps se rebelle contre la tête, l’organisme prospérera tout aussi peu que si la tête laisse dépérir le corps.

    Edith Stein, La vocation

     

  • La spiritualité conjugale

    La spiritualité conjugale

    P1020605La spiritualité conjugale existe-t-elle ? La réponse est affirmative, mais prenons garde à ne pas l’imaginer comme lisse, angéliqueasexuée. Comme deux pièces d’un même puzzle, nous devons y voir deux prières qui s’assemblent, s’unissent, ne font plus qu’une. Il est donc indispensable que l’homme soit vraiment homme dans sa prière, de même que la femme le soit également. Ainsi, il n’est pas possible de parler de spiritualité conjugale sans évoquer la différence homme/femme.

    L’homme

    L’anatomie et  la physiologie de l’homme sont plus orientées vers le monde extérieur, son organe sexuel est à l’extérieur, sa masse musculaire demeure, malgré les textes de loi, plus conséquente, ce qui l’oriente plus vers l’action, le mouvement. L’homme, de ce fait, s’épanouit plus facilement en tant qu’homme en sortant de la maison, c’est lui qui « à force de peine tirera la nourriture » pour sa famille (Gen 3,17) , ce que Jean-Paul II précisait dans l’encyclique Laborem exercens  lorsqu’il évoquait le « salaire unique donné au chef de famille pour son travail, et qui est suffisant pour les besoins de sa famille sans que son épouse soit obligée de prendre un travail rétribué hors de son foyer » (voir notre article « Le salaire de l’homme doit permettre à la femme d’éduquer les enfants« ).

    Nous pouvons avoir l’audace de résumer en disant que l’homme spiritualise le matériel.

    La femme

    L’anatomie et  la physiologie de la femme sont  plus orientées vers le monde intérieur, son organe sexuel est à l’intérieur et l’organe le plus vascularisé  de son corps est l’utérus, justifiant la phrase : « tota mulier in utero » d’Hippocrate (ce qui n’est pas une réduction, mais le soulignement d’une spécificité). La femme a donc une physiologie qui l’oriente à conserver et méditer en son cœur. Plus disposée à la vie active au foyer, Jean-Paul II insistait : « Quelle soit contrainte à abandonner ces tâches pour prendre un emploi rétribué hors de chez elle n’est pas juste du point de vue du bien de la société et de la famille«  (Laborem exercens).

    Jean-Paul II rappelait à Lourdes la vocation de contemplation de la femme, transcendant le matérialisme :

    En apparaissant dans la grotte, Marie a confié son message à une fille, comme pour souligner la mission particulière qui revient à la femme, à notre époque tentée par le matérialisme et par la sécularisation: être dans la société actuelle témoin des valeurs essentielles qui ne peuvent se percevoir qu’avec les yeux du cœur. A vous, les femmes, il revient d’être sentinelles de l’Invisible !

    Nous pouvons également résumer en disant que la femme matérialise le spirituel. 

    Conjugalité et spiritualité

    En tant qu’époux chrétiens, nous sommes  invités à vivre « une relation vivante et personnelle avec le Dieu vivant et vrai. Cette relation est la prière » (CEC 2558).  Les mystiques parlent d’ailleurs d’ « union sponsale« . La prière conjugale est donc l’union de deux prières : celle de l’homme et celle de la femme. Pour cela, il est évident que ces deux prières doivent exister. Comment conjuguer deux prières qui n’existent pas ? Les offrandes, les demandes, les actions de grâce de l’homme sont tellement différentes de celle de la femme. « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature«  (2 Corinthiens 5:17) Nous dit Saint Paul.

    Or la spiritualité conjugale est l’union de deux créatures… nouvelles ! Si la prière personnelle de chacun des époux est la fondation du couple il faut souligner que la prière conjugale son ciment, c’est à dire qu’elle assemble deux « pièces » différentes. Nous ne devons donc pas hésiter à « sexuer » notre prière familiale, notre prière conjugale. Ceci implique déjà que la liturgie propre à notre « Eglise domestique » doit considérer des rôles en rapport avec le sexe, tâcher de ne pas permettre facilement d’interchangeabilité des rôles : par exemple, si le rôle du chantre est plus adapté à la masculinité (voir notre article « Tout chant est de nature masculine »), la féminité tend elle vers la contemplation, le silence, orientant la prière dans ce sens.

    Voici une réflexion … conjuguer avec votre couple :

    Il est intéressant d’observer la prière de Tobie et Sara (Tobie, 8, 4-10)

    Tobie disait : « Seigneur, Dieu de nos pères, que le ciel et la terre te bénissent, ainsi que la mer, les sources, les fleuves et toutes les créatures qui s’y trouvent. C’est toi qui as fait Adam avec la glaise du sol, et qui lui as donné Ève pour l’aider. Et maintenant, Seigneur, tu le sais : si j’épouse cette fille d’Israël, ce n’est pas pour satisfaire mes passions, mais seulement par désir de fonder une famille qui bénira ton nom dans la suite des siècles. » Sara dit à son tour : « Prends pitié de nous, Seigneur, prends pitié de nous ; puissions-nous vivre heureux jusqu’à notre vieillesse tous les deux ensemble.

    Tobie, l’homme, sort de lui-même et bénit le nom de Dieu, il sort de lui même pour confier leur projet de vie conjugale, de fondation de famille. Il bénit Dieu pour ce qui est extérieur à eux : le monde matériel, soulignant qu’il vient de la glaise. Il spiritualise le matériel.

    Sara, la femme, rentre en elle-même pour voir leurs âmes : elle implore la pitié de Dieu pour eux deux et elle confie la finalité la plus profonde et la plus  immatérielle : le bonheur de son couple. Ce bonheur incarné matérialise le spirituel, … lui donne vie !

    Puisse cet article nous aider à mieux connaitre nos différences, au delà des préjugés de notre société et du formatage égalitariste dont nous avons été pétri, et à approfondir notre prière conjugale !