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  • Le D-Day montre le caractère insoutenable d’un pacifisme absolu

    Le D-Day montre le caractère insoutenable d’un pacifisme absolu

    Voici un extrait de l’intervention du cardinal Joseph Ratzinger, le 5 juin 2004,  alors qu’il représentait Jean Paul II pour les cérémonies commémoratives du 60e anniversaire du débarquement.d day

    Lorsque commença le débarquement des troupes alliées dans la France occupée par la Wehrmacht allemande, le 5 juin 1944, ce fut pour les gens du monde entier, mais également pour une très grande partie des Allemands, un signal d’espérance : que viennent bientôt la paix et la liberté en Europe. Qu’était-il arrivé ? Un criminel et ses comparses avaient réussi à prendre le pouvoir de l’État en Allemagne. Et cela créa une situation où, sous la domination du Parti, le droit et l’injustice s’imbriquaient l’un dans l’autre et souvent passaient, presque inséparablement, l’un dans l’autre. Car le régime conduit par un criminel exerçait aussi les fonctions classiques de l’État et de ses ordonnances. Il put ainsi, en un certain sens, exiger l’obéissance de droit des citoyens et le respect vis-à-vis de l’autorité de l’État (Rm 13, 1-5), mais il utilisait en même temps les instruments du droit comme instruments de ses buts criminels. L’état de droit lui-même, qui continuait en partie à fonctionner sous ses formes habituelles dans la vie quotidienne, était devenu en même temps une puissance de destruction du droit : la perversion des ordonnances qui devaient servir la justice et en même temps consolidaient et rendaient impénétrable la domination de l’iniquité, signifiait au plus profond une domination du mensonge, qui obscurcissait les consciences.

    Au service de cette domination du mensonge, il y avait un régime de la peur, dans lequel personne ne pouvait faire confiance à autrui, parce que tout un chacun devait, d’une certaine manière, se protéger sous le masque du mensonge. Pareil masque servait à se protéger soi-même, mais contribuait d’autre part à renforcer le pouvoir du mal. Aussi fut-il de fait nécessaire que le monde entier intervienne pour faire sauter l’anneau de l’action criminelle, pour rétablir la liberté et le droit. Qu’il en ait été ainsi, nous en rendons grâces en cette heure, et ce ne sont pas seulement les pays occupés par les troupes allemandes et livrés de la sorte à la terreur nazie, qui rendent grâces. Nous-mêmes, allemands, nous rendons grâces de ce que, à l’aide de cet engagement, nous avons recouvré la liberté et le droit. S’il y a eu jamais, dans l’histoire, un bellum justum, c’est bien ici, dans l’engagement des Alliés, car l’intervention servait finalement aussi au bien de ceux contre le pays desquels a été menée la guerre. Une telle constatation me paraît importante, car elle montre, sur la base d’un événement historique, le caractère insoutenable d’un pacifisme absolu. Cela n’ôte rien, bien sûr, au devoir de poser très soigneusement la question si et à quelles conditions est possible encore aujourd’hui quelque chose comme une guerre juste, c’est-à-dire une intervention militaire, mise au service de la paix et obéissant à ses critères moraux, contre des régimes injustes établis. Surtout, ce qu’on a dit fait mieux comprendre, espérons-le, que la paix et le droit, la paix et la justice sont inséparablement liés l’un à l’autre. Quand le droit est détruit, quand l’injustice prend le pouvoir, c’est toujours la paix qui est menacée et déjà, pour une part, brisée. La préoccupation pour la paix est en ce sens avant tout la préoccupation pour une forme du droit qui garantit la justice à l’individu et à la communauté dans son ensemble. (…)

    Notre pays et le débarquement… deux jours après le D-Days, voici ce que Pie XII disait le 8 juin 1944 à la presse française au sujet de celle qui sera toujours la fille aînée de l’Eglise, la France : 

    His Holiness Pope Pius XII --- Image by © Hulton-Deutsch Collection/CORBIS

    « Il y a presque exactement sept ans — c’était le 13 juillet 1937 – Légat de notre vénéré Prédécesseur Pie XI, Nous proclamions du haut de la chaire de Notre-Dame de Paris son amour pour la Fille aînée de l’Église, Notre propre amour pour la France. Appelé à Notre tour à devenir le Vicaire du Christ, Notre amour s’est fait plus grand et plus profond encore. Et, parce que la «douce France » est devenue la douloureuse, la meurtrie, Notre amour pour elle s’est fait plus tendre que jamais. Nous parlions alors de sa vocation providentielle ; Nous la rappelons aujourd’hui avec les mêmes sentiments. Et Nous avons au cœur la conviction que Dieu, continuant de se servir du noble peuple français dans l’accomplissement de ses desseins, ramènera les regards et la confiance du monde vers une France toujours plus glorieuse et plus prospère.

    Et vous, que votre profession si pleine de responsabilités, si pleine de grandeur, constitue les messagers de cette vocation, portez à la France l’assurance renouvelée de Notre amour, de Nos vœux, de Nos espérances : répétez-lui le mot d’ordre que Nous lui donnions sous les voûtes de Notre-Dame :

    « Orate, Fratres ; amate, Fratres ; vigilate, Fratres !

    Priez, mes Frères ; mes Frères, aimez ; veillez, mes Frères ! »

    C’est dans cette pensée que du fond de Notre cœur paternel, Nous appelons sur vous, sur tous ceux qui vous sont chers, sur votre bien-aimée patrie, les plus exquises et les plus abondantes bénédictions du Ciel. »

    Messieurs, Hommes-adorateurs, laissons donc résonner en nous cette phrase encore et toujours :

    « Orate, Fratres ; amate, Fratres ; vigilate, Fratres !

    Priez, mes Frères ; mes Frères, aimez ; veillez, mes Frères ! »

    carte Hommes-Adorateurs 2014

  • Les papes et le patriotisme

    Les papes et le patriotisme

    Suite à l’enseignement du 16 janvier 2014 du Père Jacques Baudry, aumônier du contingent d’hommes-adorateurs du Luc, voici les citations qu’il a utilisé lors de son enseignement sur le devoir chrétien du patriotisme :

    Amour de la patrie

    Le Pape Léon XIII, l’initiateur des grandes encycliques de la doctrine sociale, affirme :

    L’amour surnaturel de l’Eglise et l’amour naturel de la patrie procèdent du même et éternel principe. Tous les deux ont Dieu pour auteur et pour cause première; d’où il suit qu’il ne saurait y avoir entre les devoirs qu’ils imposent de répugnance ou de contradiction.

    (Encyclique « Sapientiae Christianae », 1890)

    La même encyclique nous dit que par une loi de la nature il nous est commandé expressément d’aimer et de défendre la patrie où nous sommes nés, jusqu’au risque de sa propre vie.

    Le Pape Benoit XV écrivait : 

    Si la charité s’étend à tous les hommes, même à nos ennemis, elle veut que soient aimés par nous d’une manière particulière ceux qui nous sont unis par les liens d’une commune patrie.

    (Lettre du 15 juillet 1919).

    Le Pape Pie XII, ajoute : 

    Il existe un ordre établi par Dieu selon lequel il faut porter un amour plus intense et faire du bien de préférence à ceux à qui l’on est uni par des liens spéciaux. Le Divin Maître Lui-même donna l’exemple de cette préférence envers sa terre et sa patrie en pleurant sur “l’imminente destruction de la Cité sainte”.

    (Encyclique « Summi Pontificatus », 1939)

    Le Pape Jean-Paul II disait aux évêques argentins :

    L’universalité, dimension essentielle dans le peuple de Dieu, ne s’oppose pas au patriotisme et n’entre pas en conflit avec lui, ce qui veut dire qu’aimer tous les hommes n’empêche ni ne crée de conflits de quelque façon que ce soit avec l’amour que nous devons à la patrie elle-même. Au contraire, ajoute-t-il, il l’intègre en le renforçant par les valeurs qu’il possède, et particulièrement l’amour à sa propre patrie, si nécessaire jusqu’au sacrifice. (…)

    A la lumière de la théologie du peuple de Dieu s’éclaire d’une plus grande clarté la double condition du chrétien, non pas opposée mais complémentaire. En effet, il est membre de l’Eglise, laquelle est reflet et annonce de la Cité de Dieu, et il est à la fois citoyen d’une patrie terrestre, concrète, de laquelle il reçoit tout des richesses de langue et de culture, de tradition et d’histoire, de caractère et de façon de voir l’existence, les hommes et le monde. Cette espèce de citoyenneté chrétienne et spirituelle n’exclut ni ne détruit ce qui est humain. La paix vraiment durable doit être le fruit mur de l’intégration réussie de patriotisme et d’universalité.

    Nous vous proposons de clore cette liste non exhaustive de citations de papes sur le patriotisme par une phrase émanant d’un docteur de l’Eglise, Saint Augustin, qui illustre bien la notion d’ordre dont découle le patriotisme :

    Aime tes parents et plus que tes parents ta patrie, et plus que ta patrie aime Dieu seul

    Amour de la France

    Comment ne pas clore cet article par cette phrase de Saint Pie X, au sujet de la France ?

    pie XVous direz aux français qu’ils fassent trésor des testaments de saint Remy, de Charlemagne et de saint Louis, ces testaments qui se résument dans les mots si souvent répétés par l’héroïne d’Orléans : « Vive le Christ qui est Roi des Francs ! »
    A ce titre seulement, la France est grande parmi les nations ; à cette clause, Dieu la protégera et la fera libre et glorieuse ; à cette condition, on pourra lui appliquer ce qui, dans les Livres Saints, est dit d’Israël : que personne ne s’est rencontré qui insultât ce peuple, sinon quand il s’est éloigné de Dieu.
    Ce n’est pas un rêve, mais une réalité ; je n’ai pas seulement l’espérance, j’ai la certitude du plein triomphe. »

    (Lettre à Mgr Touchet, évêque d’Orléans, lors de la lecture du décret de béatification de Jeanne d’Arc, 13 décembre 1908)