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  • Lettre du Général Delaunay aux Hommes-Adorateurs

    Lettre du Général Delaunay aux Hommes-Adorateurs

    delaunayNé en 1923, le général Delaunay était chef de l’état-major de l’armée de Terre française du 1er octobre 1980 au 9 mars 1983. Le 16 août 1949, pendant la guerre d’Indochine, une grenade lui explose entre les mains. Il survit mais perd la main droite, ce qui ne l’empêche pas de reprendre le combat. Durant la guerre d’Algérie, il  est capitaine puis général, il dirige l’École de cavalerie de Saumur de 1976 à 1979. Aujourd’hui, il écrit aux Hommes-Adorateurs : 

    On me demande de dire la place qu’a tenu la prière dans ma vie, et notamment l’oraison. J’ai toujours été chrétien mais j’ai connu plusieurs conversions successives.Mon mariage avec une chrétienne d’abord. Par amour, je me suis laissé entraîner par elle dans une recherche personnelle de Dieu à travers Jésus. La mort de notre troisième enfant, Pascale, suivant de peu notre entrée aux  Equipes Notre Dame, fut ensuite pour moi un double choc, déterminant. L’accession progressive à des responsabilités grandissantes et l’affrontement correspondant à des difficultés m’ont amené à me confier davantage à Dieu. J’y ai toujours retrouver la paix et la confiance en Jésus et en moi.

    Aujourd’hui, arrivé à la grande vieillesse, vulnérable et environné par la mort, j’ai l’impression d’avoir été accompagné tout au long de ma vie et j’en rends grâces à Dieu. J’attends sereinement la Rencontre entre cette vie et l’autre, un commencement et pas une fin.

    Sur le fond, voici ce que j’ai à dire :

    1. Pour trop de mâles humains, la religion, c’est une affaire de bonnes femmes. Moi, j’ai eu la chance d’avoir un père qui avait mis la foi au centre de sa vie et qui le montrait, tout en étant un excellent professionnel, un bon citoyen et un père admirable.A le regarder et à l’imiter, j’ai appris que la prière ne remplace pas la compétence mais qu’on est d’autant meilleur qu’on peut s’appuyer sur Dieu, à travers ce face à face qu’on appelle l’oraison, (adoration quand on est devant le Saint Sacrement). C’est pourquoi je l’ai mise dans ma vie et je continue à la pratiquer tous les jours.
    2. Devant la déliquescence de la société et la sinistrose ambiante, il ne nous reste que la prière. Et pas seulement celle des vieilles dames : celle des hommes dans la force de l’âge, des responsables : prière collective et prière individuelle. C’est de celle-là que je parlerai surtout.
    3. La pratique de l’oraison quotidienne, c’est surtout une question de volonté. Il m’a fallu des années de combat et de chutes pour réussir à la placer dans ma vie.
    4. Bien que ce soit une affaire d’amour, il y a, si j’ose dire, une technique de l’oraison. Je mets mon réveil sur alerte pour  30 minutes pour n’avoir pas à regarder ma montre. Je fais le calme en moi, je respire, je m’imbibe d’un texte évangélique, je fais mon  cinéma dans ma tête avec la scène en question en me mettant dans la peau de Zachéepar exemple, puis je décroche mentalement le téléphone divin et j’ose m’adresser à Dieu en lui disant : « Me voilà ! Je t’aime et je veux rester avec toi. Je branche le pilote automatique. Maintenant c’est Toi qui es aux commandes ! »… et je reste là en silence dans l’abandon… jusqu’à ce que le vibreur sonne…
    5. Mes distractions, je ne les écarte pas : Je les prie, je les incorpore à mon oraison.
    6. Si je suis sec ,je répète une formule, celle toute simple du pèlerin russe « Jésus Sauveur, prends pitié de moi, pécheur ! »
    7. Quand, c’est fini je m’abstiens de juger mon oraison mais je remercie mon « pilote » et je lui dis « A demain ! »
    8. Devant le Saint Sacrement, je fais de même mais pendant une heure et, si possible, de nuit.

     

    “Sans Moi, vous ne pouvez rien faire

    Amen. Alléluia!

     ***

    Cela dit, vous pouvez en apprendre davantage en lisant mon dernier livre « En écho à Saint Ex ». Il comporte une première partie : ce qui m’inquiète et m’irrite et une 2° partie : ce que je crois et qui me fait vivre.

    Disponible France-Valeurs 32 rue de l’Orangerie 78000 Versailles 15 € + 5 € de port. Chèque à l’ordre de France-Valeurs

     

  • Les deux fentes dans notre armure par lesquelles Dieu peut s’introduire

    Les deux fentes dans notre armure par lesquelles Dieu peut s’introduire

    Bourguignotte HenriII » Vous ne pouvez laisser Dieu à la porte ; Il a ses moyens de pénétrer dans l’âme. Il y a deux brèches dans nos remparts, deux fentes dans notre armure, deux issues cachées par lesquelles Dieu peut s’introduire. Elles font tellement partie de notre nature qu’il nous est impossible de les changer. Ce sont des trappes construites par Dieu en nous créant. Alors même que notre intelligence barre à Dieu le passage par les faux obstacles à la foi qu’une pensée erronée a dressés, Il peut pénétrer jusqu’à nous par ces portes secrètes que nous n’avons pas su verrouiller.

    L’amour du bien

    La première, c’est l’amour du bien. Quand nous recherchons une friandise particulière dont la saveur nous attire, ce que notre âme poursuit réellement c’est le tout de Dieu, notre bien infini. La quête du plaisir, l’affection d’un ami, l’approbation d’un enfant pur, la comparaison entre le bien et le mieux, tout cela implique un bien qui surpasse toutes ces choses bonnes, car aucune d’elles ne remplit complètement notre cœur. Tout bien inférieur que nous apprécions implique notre aspiration vers le bien infini, vers Dieu. Dire que nous voulons de bonnes choses mais non pas la bonté qui est la Divinité, c’est dire que nous détestons le soleil mais que nous aimons ses rayons, que nous méprisons la lune, mais que nous aimons sa clarté. Ce n’est pas la substance du soleil qui atteint notre chambre avec le rayon, mais, seulement une participation de cette substance ; de même Dieu n’est pas en partie dans une bonne pomme ou un bon ami, mais une participation de sa bonté y est toujours. Nul ne peut aimer ce qui est bon sans aimer implicitement la bonté, et c’est ainsi que Dieu s’introduit dans l’âme dans chaque désir et chaque joie.

    A cause de cette prédilection humaine pour ce qui est bon, aucune vie n’est faite entièrement d’actions qui soient intrinsèquement mauvaises. L’assassin savoure ce qu’il y a de vraiment bon dans un bon dîner ; un voleur est sensible à la vertu d’un enfant ; un bandit distribue de la soupe aux pauvres par pure générosité. Les bonnes actions sont mêlées aux mauvaises. Personne n’est constamment dans l’attitude du persécuteur, du pécheur, du blasphémateur ; parfois un pécheur endurci est occupé à planter un rosier, à soigner un ami malade, à remonter le pneu d’un voisin Il y a en chacun des réserves considérables et cachées de bonté naturelle ; elles continuent d’exister obstinément à côté de la passion dominante, alors même que celle-ci est tournée vers le mal. Quelque chose en nous échappe à la contagion, c’est pourquoi nous ne sommes jamais intrinsèquement mauvais, jamais incurables, jamais « impossibles ». Ceux qui voient nos bonnes actions nous admirent, ceux qui ne voient que les mauvaises nous ont en piètre estime ; cela explique les jugements divergents portés sur un même homme. Quand un être est réduit en esclavage, tenu en captivité par le plein consentement au péché grave, qui fait de ses jours une fuite loin de Dieu vers la luxure ou l’ambition, même alors quelques actes bons et louables contredisent son attitude générale. Ces actes isolés de vertu sont pareils à l’anse propre d’un seau malpropre ; Dieu peut s’en servir pour soulever l’âme jusqu’à Sa paix.

    De l’ennui au désespoir

    La seconde trappe par laquelle Dieu entre dans l’âme qui Le fuit, c’est l’ennui, la satiété, l’esseulement, la mélancolie, le désespoir.

    Quelles que soient les formes du mal que nous ayons choisies, nous n’avons pas épuisé les possibilités du choix — l’âme humaine reste libre — elle peut toujours choisir. Tout plaisir sensuel, toute passion, tout désir du corps est fini, charnel, et une fois satisfaits ils ne réussissent pas à nous contenter. Mais dans la vie du libertin blasé, il y a encore un choix qu’il n’a jamais fait, une corde puissante qui n’a jamais vibré. Il n’a pas essayé de l’infini. Des déclarations comme : « Je connais la vie », et « J’ai tâté de tout » ne sont jamais vraies, parce que les hommes qui parlent ainsi n’ont jamais tenté la plus grande de toutes les aventures. Le riche demande encore : « Que me manque-t-il pour être heureux ? » Il a reconnu, comme tous les chercheurs de sensation, que gratifier tous ses caprices ce n’est pas satisfaire les appétits les plus profonds. Il y a toujours quelque chose d’autre à posséder, quelque chose dont nous avons un besoin urgent. Nous savons, mais nous ne savons pas tout ; nous aimons, mais pas pour toujours. Nous mangeons, et nous avons encore faim ; nous buvons, et nous avons encore soif. « L’œil n’est pas rassasié de voir, ni l’oreille d’entendre » (Ecclé. XII, 25)

    Nos efforts pour trouver le contentement dans le temporel aboutissent à l’échec. Car de même qu’il faut l’eau au poisson et la lumière à l’œil, à l’oiseau l’air et à l’herbe la terre, de même à l’âme spirituelle il faut un Dieu infini. Parce que Dieu, pour qui nous avons été créés, est laissé hors de compte, l’âme éprouve le vide, l’ennui de ce qu’elle possède, et le désir ardent de ce qu’elle n’a pas. Cet ennui, c’est la présence négative de Dieu dans l’âme — comme la maladie est la présence négative de la santé dans le corps, et la faim la présence négative des aliments dans l’estomac ; ce vide en nous montre l’existence de quelque chose qui peut le remplirPar cette porte du vide en nous, Dieu entre.

    Si nous ne L’admettons pas tout de suite, Il intensifiera l’insatisfaction et la solitude, si bien qu’à la fin nous L’accepterons comme l’invité de notre âme et son hôte éternel.

    Fulton Sheen, extrait de « La route du ciel« 

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  • Les démons sont déjà rompus et défaits

    Les démons sont déjà rompus et défaits

    Sermon du premier dimanche de Carême de Mgr Bossuet au couvent des Minimes, extrait de la troisième et dernière partie expliquant que les démons sont déjà rompus et défaits :

     » ChartresIl semble que je sois ici obligé de me contredire moi-même, et de détruire en cette dernière partie ce que j’ai établi dans les deux autres. Car après vous avoir fait voir que notre ennemi est fort et terrible, il faut maintenant vous dire au contraire qu’il est faible et facile à vaincre. Comment concilier ces deux choses, si ce n’est en vous disant, chrétiens, qu’il est fort contre les lâches et les timides, mais très-faible et impuissant pour les courageux ? En effet, nous voyons, dans les saintes Lettres, qu’il nous y est représenté tantôt fort, tantôt faible, tantôt fier et tantôt tremblant ; et il n’y eut jamais une bête plus monstrueuse.

    C’est un lion rugissant qui se rue sur nous ; c’est un serpent qui rampe par terre, et il n’est rien de plus aisé que d’en éviter les approches. « Il tourne autour de vous pour vous dévorer ; » voilà qui est terrible : Circuit quaerens [quem devoret (1)]. « Mais résistez-lui seulement, et il se mettra en fuite : » Resistite diabolo, et fugiet a vobis (2). Ecoutez comme il parle à notre Sauveur; c’est une remarque de saint Basile de Séleucie : Quid mihi et tibi est, Jesu, Fili Dei Altissimi (3) ? « Qu’y a-t-il entre toi et moi, Jésus Fils de Dieu ? » Voilà un serviteur qui parle bien insolemment à son maître (4) ; mais il ne soutiendra pas longtemps sa fierté. « Et je te prie, dit-il, ne me tourmente pas : » Obsecro te, ne me torqueas. Venisti ante tempus torquere nos (5). Voyez comme il tremble sous les coups de fouet. Que si j’avais assez de loisir pour repasser sur toutes les choses qui nous l’ont fait paraître terrible, il me serait aisé de vous y montrer des marques visibles de faiblesse.

    Il est vrai qu’il a ses forces entières ; mais celui qui les lui a laissées pour son supplice, ainsi que nous avons dit, lui a mis un frein dans les mâchoires, et ne lui lâche la bride qu’autant qu’il lui plaît, ou pour exercer ses serviteurs, ou pour se venger de ses ennemis. Il a une puissance fort vaste, et son empire s’étend bien loin; mais saint Augustin nous apprend que ce commandement lui tient lieu de peine : Pœna enim ejus est ut in potestate habeat eos qui Dei praecepta contemnunt (6). Et en effet, s’il est véritable que d’être ennemi de Dieu ce soit la souveraine misère, celui qui en est le chef n’est-il pas par conséquent le plus misérable? Enfin est-il rien de plus méprisable que toute cette grandeur qu’il affecte, puisqu’avec cette intelligence qui le rend superbe et toutes ces qualités extraordinaires, nous lui semblons néanmoins dignes d’envie ? et, tout impuissants que nous sommes, il désespère de nous pouvoir vaincre, s’il n’y emploie les ruses et la surprise : de laquelle, certes, messieurs, ayant été si bien avertis, est-il rien de plus aisé que de l’éviter, « pourvu que nous marchions en plein jour comme des enfants de lumière : » Ut filii lucis ambulate (7)?

    Que si vous voulez savoir sa faiblesse, non plus, messieurs, par raisonnement, mais par une expérience certaine, écoutez parler Tertullien dans son admirable Apologétique : voici une proposition bien hardie, et dont vous serez étonnés. II reproche aux gentils que toutes leurs divinités sont des esprits malfaisants, et pour leur faire entendre cette vérité, il leur donne le moyen de s’en éclaircir par une expérience bien convaincante. Edatur [hic] aliquis sub tribunalibus vestris, quem daemone agi constet (8): O juges! qui nous tourmentez avec une telle inhumanité, c’est à vous que j’adresse ma parole : qu’on me produise devant vos tribunaux ; je ne veux pas que ce soit en un lieu caché, mais à la face de tout le monde : qu’on y produise « un homme qui soit notoirement possédé du démon; » je dis notoirement possédé, et que la chose soit très constante : quem daemone agi constet : alors que l’on fasse venir quelque fidèle, je ne demande pas qu’on fasse un grand choix ; que l’on prenne le premier venu, « pourvu seulement qu’il soit chrétien : » jussus a quolibet christiano : si en présence de ce chrétien il n’est contraint non-seulement de parler, mais encore de vous confesser ce qu’il est et d’avouer sa tromperie, » n’osant mentir à un chrétien, » christiano mentiri non audentes (messieurs, remarquez ces paroles) ; « là même » , là même, sans plus différer, sans aucune nouvelle procédure, faites mourir ce chrétien impudent qui n’aura pu soutenir par l’effet une promesse si extraordinaire : » ibidem iliiua christiani ^/rocacissimi sanguincm jundite.  O joie, ô ravissement des fidèles, d’entendre une telle proposition, faite si hautement et avec une telle énergie par un homme si posé et si sérieux, et vraisemblablement de l’avis de toute l’Église, dont il soutenait l’innocence ! Quoi donc ! cet esprit trompeur, ce père de mensonge oublie ce qu’il est, et n’ose mentira un chrétien : christiano mentiri non audentes ! Devant un chrétien ce front de fer s’amollit ; forcé par la parole d’un fidèle, il dépose son impudence; et les chrétiens sont si assurés de le faire parler à leur gré, qu’ils s’y engagent au péril de leur vie, en présence de leurs propres juges. Qui ne se rirait donc de cet impuissant ennemi, qui cache tant de faiblesse sous une apparence si fière? Non, non, mes frères, ne le craignons pas : Jésus, notre capitaine, l’a mis en déroute; il ne peut plus rien contre nous, si nous ne nous rendons lâchement à lui.

    C’est nous-mêmes que nous devons craindre ; ce sont nos vices et nos passions, plus dangereuses que les démons mêmes, bel exemple de l’Écriture : Saül possédé du malin esprit ; David le chassait au son de sa lyre, ou plutôt par la sainte mélodie des louanges de Dieu, qu’il faisait perpétuellement résonner dessus. Chose étrange, messieurs! pendant que le démon se retirait, Saül devenait plus furieux : il tâche de percer David de sa lance (9) ; tant il est véritable qu’il y a quelque chose en nous qui est pire que le démon même, qui nous tente de plus près et qui nous jette dans un combat plus dangereux ! Chrétiens, c’est « la convoitise qui nous tente, dit saint Jacques (10), et qui nous attire. » Ah! modérons-la par le jeûne, châtions-la par le jeune, disciplinons-la par le jeune.

    O jeûne, tu es la terreur des démons ; tu es la nourriture de l’âme, tu lui donnes le goût des plaisirs célestes, tu désarmes le diable, tu amortis les passions : ô jeûne, médecine salutaire contre les dérèglements de nos convoitises, malheureux ceux qui te rejettent, et qui t’observent en murmurant contre une précaution si nécessaire ! Loin de nous, mes frères, de tels sentiments : jeûnons, jeûnons d’esprit et de corps. Comme nous retranchons pour un temps au corps sa nourriture ordinaire, ôtons aussi à l’àme les vanités dont nous la epaissons tous les jours, relirons-nous des conversations et des divertissements mondains ; modérons nos ris et nos jeux, faisons succéder en leur place le soin d’écouter l’Évangile qui retentit de toutes parts dans les chaires : c’est le son de cet Évangile qui fait trembler les démons… Sanctifions le jeûne par l’oraison ; purifions l’oraison par le jeûne. L’oraison est plus pure qui vient d’un corps exténué et d’une âme dégoûtée des plaisirs sensibles.

    Assez de bals, assez de danses, assez de jeux, assez de folies. Donnons place à des voluptés et plus chastes et plus sérieuses. Voici, mes frères, une grande joie que Dieu nous donne pour ce carême. (…)

    bossuet jeune

    (1) 1 Pierre, 5, 8

    (2) Jacques 4, 7

    (3) Luc 8, 28

    (4) Orat., 23

    (5) Matthieu 8, 29

    (6) De Genes. cont. Manich., livre 2, n.26

    (7) Ephes. 5, 8

    (8) Apolog. n.3

    (9) 1 Rois 16, 23 ; 19, 10

    (10) Jacques 1, 14

  • Il faut réapprendre à nous agenouiller

    Il faut réapprendre à nous agenouiller

    Repliques-cultes-Les-Tontons-flingueurs-640x404Se mettre à genoux pendant la messe est-elle une pratique désuète ? Sans suspens, nous vous répondons « non » ! Nous voyons bien que nous vivons dans une société qui à bien des égards a perdu toute révérence pour les choses saintes et sacrées. Ce manque de révérence et de respect semble s’illustrer par la difficulté à se mettre à genoux devant Dieu ce qui peut, entre autres, refléter un manque d’humilité.  Laissons tout d’abord Joseph Ratzinger nous en parler :

    « Il se peut bien que l’agenouillement soit étranger à la culture moderne – pour la bonne raison que cette culture s’est éloignée de la foi. Elle ne connaît plus Celui devant lequel l’agenouillement est le seul geste nécessaire. La foi apprend aussi à nous agenouiller. C’est pourquoi une liturgie qui ne connaîtrait plus l’agenouillement serait intrinsèquement malade. Il faut réapprendre à nous agenouiller, réintroduire l’agenouillement partout où il a disparu, afin que, par notre prière, nous restions en communion avec les apôtres et les martyrs, en communion avec le cosmos tout entier, en union avec Jésus-Christ. »

    (Cardinal Joseph Ratzinger (Benoît XVI), extraits de L’Esprit de la liturgie, Ad Solem, 2001.)

    Etre à genoux exprime l’adoration et la vénération de notre Seigneur , c’est un signe d’humilité et de vulnérabilité. Seuls les humbles et les plus vulnérables devant Dieu peuvent recevoir sa grâce et de la miséricorde. L’agenouillement est un moyen d’exprimer cette vérité .

    Un signe convaincant que la catéchèse eucharistique est efficace chez les fidèles est certainement la croissance, en eux, du sens du mystère de Dieu présent parmi nous. (…) Je pense, d’une manière générale, à l’importance des gestes et des postures, comme le fait de s’agenouiller pendant les moments centraux de la prière eucharistique.

    (Benoît XVI, Exhortation Apostolique Post-Synodale Sacramentum Caritatis (65), 22 février 2007)

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    Au cours de la Sainte Messe, en forme ordinaire, trois moments sont propices pour adopter l’attitude du pécheur face à la Sainteté de Dieu, l’attitude d’adoration de l’agenouillement :

    • Au début de la messe lorsque nous demandons pardon (Kyrie), en signe d’humilité 
    • Lors de la consécration pour manifester que c’est le Christ qui vient dans l’hostie, en signe d’adoration.
    • Lors de la communion en signe de respect et de dignité face au corps du Christ que nous recevons.

    Et @silvedepik nous a fait justement remarquer que la forme extraordinaire nous offre deux occasions supplémentaires de fléchir le genoux devant le Christ :

    • prière au bas de l’autel (avant le Gloria)
    • et durant le Domine non sum dignus , ce qui est également très beau lors de la forme ordinaire.

    Nous pouvons ainsi mettre en application la phrase de Saint Paul :

    « afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux et sur la terre et sous la terre  » (Philippiens 2:10).

    Comme saint Paul , mettons nous à genoux pendant la messe et humblement l’adorons humblement notre Seigneur, Jésus Christ.

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  • Ruses et détours des démons

    Ruses et détours des démons

    bossuetSermon du premier dimanche de Carême de Mgr Bossuet au couvent des Minimes, extrait de la deuxième partie sur les ruses et détours des démons :

    Puisque l’ennemi dont nous parlons est si puissant et si orgueilleux, vous croirez peut-être, messieurs, qu’il vous attaquera par la force ouverte, et que les finesses s’accordent mal avec tant de puissance et tant d’audace. En effet, saint Thomas remarque (1) que le superbe entreprend hautement les choses, et cela, dit ce grand docteur, parce qu’il veut contrefaire le courageux, qui a coutume d’agir ouvertement dans ses desseins, et qui est ennemi de la surprise et des artifices. Il serait donc malaisé d’entendre de quelle sorte Satan aime les finesses, « lui qui est le a prince de tous les superbes, » comme l’appelle l’Écriture sainte : Ipse est rex super universos filios superbiae (2), si cette même Écriture ne nous apprenait que c’est un superbe envieux, Invidia diaboli (3) et par conséquent trompeur et malin. Car encore qu’il soit véritable que l’envie soit une espèce d’orgueil, néanmoins tout le monde sait que c’est un orgueil lâche et timide, qui se cache, qui fuit le jour, qui, ayant honte d’elle-même, ne parvient à ses fins que par de secrètes menées : et de là vient qu’une noire envie rongeant éternellement le cœur de Satan, et le remplissant de fiel et d’amertume contre nous, elle le contraint d’avoir recours à la fraude, à la tromperie, à des artifices malicieux ; il ne lui importe pas, pourvu qu’il nous perde. (…)

    C’est, mes frères, cette noire envie, mère des fraudes et des tromperies, qui fait que Satan marche contre nous par une conduite cachée et impénétrable. Il ne brille pas comme un éclair, il ne gronde pas comme un tonnerre; il ressemble à une vapeur pestilente qui se coule au milieu de l’air par une contagion insensible et imperceptible à nos sens : il inspire son venin dans le cœur ; ou, pour me servir, chrétiens, d’une autre comparaison qui lui convient mieux, il se glisse comme un serpent : c’est ainsi que l’Écriture l’appelle (4) ; et Tertullien nous décrit ce serpent par une expression admirable : Abscondat se itaque serpens, totamque prudentiam suam in latebrarum ambagibus torqueat : « Il se cache autant qu’il peut, il resserre en lui-même par mille détours sa prudence malicieuse : » c’est-à-dire qu’il use de conseils cachés et de ruses profondément recherchées. C’est pourquoi Tertullien poursuit en ces mots : «  Il se retire, dit-il, dans les lieux profonds, il ne craint rien tant que de paraître : quand il montre la tête, il cache la queue ; il ne se remue jamais tout entier, mais il se développe par plis tortueux, bête ennemie du jour et de la clarté : » Alte habitet, in cœca detrudatur, per anfractus seriem suam evolvat, tortuose procedat , nec semel totus, lucifuga bestia (5).

    C’est Satan, c’est Satan, messieurs, qui nous est représenté par ces paroles ; c’est lui qui ne se déplie jamais tout entier : il étale la belle apparence, et il cache la suite funeste : il rampe quand il est loin, et il mord sitôt qu’il est proche. Prenez garde à vous, mes chers frères, crie le grand apôtre saint Paul, «  prenez garde que vous ne  soyez trompés [par] Satan : car nous n’ignorons pas ses pensées : » Ut non circumveniamur a Satana ; non enim ignoramus cogitationes ejus (6). Non, non, nous n’ignorons pas ses pensées ; nous savons que sa malice est ingénieuse ; que son esprit inventif, raffiné par un long usage, excité par sa haine invétérée, n’agit que par des artifices fins et déliés et par des machines imprévues. Ah! mes frères, qui pourrait vous dire toutes les profondeurs de Satan, et par quels artifices ce serpent coule ?

    S’il vous trouve déjà agités, il vous prend par le penchant de l’inclination. Votre cœur est-il déjà effleuré par quelque commencement d’amour, il souffle cette petite étincelle jusqu’à ce qu’elle devienne un embrasement : il vous pousse de la haine à la rage, de l’amour au transport, et du transport à la folie. Que s’il vous trouve éloignés du crime, jouissant des saintes douceurs d’une bonne conscience, ne croyez pas qu’il vous propose d’abord l’impudicité : il n’est pas si grossier, dit saint Chrysostome : Multo, multo utitur condescensu ut nos ad mala praecipitet (7). « Il use, dit-il, avec nous d’une grande condescendance. » Que veut dire cette parole? Dieu se rabaisse… Satan se rabaisse aussi à sa mode. Il voudrait bien, mes frères, vous rendre d’abord aussi méchants que lui, s’il pouvait : car que « désire ce vieil adultère, sinon de corrompre l’intégrité des âmes innocentes (8) » et de les porter dès le premier pas à la dernière infamie ? Mais vous n’êtes pas encore capables d’une si grande action, il vous y faut mener pas à pas : c’est pourquoi il se rabaisse, dit saint Chrysostome, il s’accommode à votre faiblesse, il use avec vous de condescendance. (…)  Judas et l’avarice : [Inspirons-lui] le dessein de se porter à vendre son maître. Le crime est horrible ! Allons par degrés : qu’il le vole premièrement ; après, qu’il le vende. Voilà l’appât; il y a donné, il est à nous. Poussons, poussons de l’avarice au larcin, du larcin à la trahison, à la corde et au désespoir.

    Mes chers frères, éveillez-vous, et ne vous laissez pas séduire à Satan ; car vous êtes bien avertis, et vous n’ignorez pas ses pensées : Non enim ignoramus cogitationes ejus (9) C’est pourquoi il vous est aisé de le vaincre : c’est par où il faut conclure en peu de paroles. (A suivre)

    (1) Luc 4, 13

    (2) Job 16, 25

    (3) Sagesse 2, 24

    (4) Ap. 12, 9

    (5) Advers. Valent., n.3

    (6) 2 Cor. 2, 2

    (7) Hom. 87, in Math.

    (8) Saint Augustin, in Ps 39, n.1

    (9) 2 Cor. 2, 2

  • Force et puissance des démons

    Force et puissance des démons

    Sermon du premier dimanche de Carême de Mgr Bossuet au couvent des Minimes, extrait de la première partie sur la force et la puissance des démons :

    bossuet« Tirés du néant, et c’est assez dire : de là, messieurs, il est arrivé que les premiers des anges (1) se sont endormis en eux-mêmes dans la complaisance de leur beauté. La douceur de leur liberté les a trop charmés, ils en ont voulu faire une épreuve malheureuse et funeste; et, déçus par leur propre excellence, ils ont oublié la main libérale qui les avait comblés de ses grâces. L’orgueil s’est emparé de leurs puissances : ils n’ont pas voulu se soumettre à Dieu, et, ayant quitté, les malheureux, cette première bonté, qui n’était pas moins l’appui de leur bonheur que le principe de leur être, vous étonnerez-vous si tout est allé en ruine, ni s’il s’en est suivi un changement si épouvantable ? Dieu l’a permis de la sorte.

    Tremblons, tremblons, mes frères, et soyons saisis de frayeur en voyant ce tragique exemple, et de la faiblesse de la créature, et de la justice divine. Hélas! on a beau nous avertir, nous courons tous les jours aux occasions du péché les plus pressantes, les plus dangereuses ; nous ne veillons non plus sur nous-mêmes que si nous étions impeccables; et nous croyons pouvoir conserver sans peine, parmi tant de tentations, ce que des créatures si parfaites ont perdu dans une telle tranquillité. Est-ce folie ? est-ce enchantement ? est-ce que nous n’entendons pas quels malheurs le péché apporte ? pendant que nous voyons à nos yeux ces esprits si nobles défigurés si étrangement par un seul crime, que d’anges de lumière ils sont faits tout d’un coup anges de ténèbres, d’enfants ils sont devenus ennemis irréconciliables ; et étant ministres immortels des volontés divines ils sont enfin réduits à cette extrémité de misère, qu’il n’y a plus pour eux d’occupation que dans l‘infâme emploi de tromperies hommes. Quelle vengeance ! quel changement ! c’est le péché qui l’a fait, et nous ne le craignons pas! n’est-ce pas être bien aveugles ? Mais revenons à notre sujet, et jugeons de la force de nos ennemis par la perfection de leur nature.

    C’est le grand apôtre saint Paul qui nous y exhorte par ces excellentes [paroles : ] « Revêtez-vous, dit-il, des armes de Dieu, « parce que vous n’avez pas à combattre la chair ni le sang, » ni aucune force visible : Non est nobis colluctatio adversus carnem et sanguinem, sed adversus principes et potestates, adversus mundi rectores, contra spiritualia nequitiae in caelestibus (2) ; » mais contre « des principautés et des puissances, et des malices spirituelles : » spiritualia nequitiae. Pourquoi exagère-t-il en termes si forts leur nature spirituelle ? c’est à cause que dans les corps, outre la partie agissante, il y en a aussi une autre qui souffre, que nous appelons la matière : c’est pourquoi les actions des causes naturelles, si nous les comparons à celles des anges, paraîtront languissantes et engourdies, à cause de la matière qui ralentit toute leur vertu. Au contraire, ces ennemis invisibles, qui s’opposent à notre bonheur, ne sont pas, dit-il, de chair ni de sang : tout y est dégagé, tout y est esprit ; c’est-à-dire, tout y est force, tout y est vigueur : ils sont de la nature de ceux dont il est écrit « qu’ils portent le monde (3). » Et de là nous devons conclure que leur puissance est très-redoutable.

    Mais vous croirez peut-être que leur ruine les a désarmés, et qu’étant tombés de si haut, ils n’ont pu conserver leurs forces entières. Désabusez-vous, chrétiens; tout est entier en eux, excepté leur justice et leur sainteté, et conséquemment leur béatitude. En voici la raison solide, tirée des principes de saint Augustin : c’est que la félicité des esprits ne se trouve ni dans une nature excellente, ni dans un sublime raisonnement, ni dans la force, ni dans la vigueur; mais elle consiste seulement à s’unir à Dieu par un amour chaste et persévérant. Quand donc ils se séparent de lui, ne croyez pas qu’il soit nécessaire que Dieu change rien en leur nature pour punir leur égarement; il suffit, dit saint Augustin, pour se venger d’eux, qu’il les abandonne à eux-mêmes : Quia sua superbia sibi placerunt, Dei justifia sibi donarentur (4) . De cette sorte, ces anges rebelles que l’honneur de leur nature a enflés, que leurs grandes connaissances ont rendus superbes jusqu’à vouloir s’égaler à Dieu, ne perdront pas pour cela leurs dons naturels. Non, ils leur seront conservés; mais il y aura seulement cette différence, que ce qui leur servait d’ornement, cela même leur tournera en supplice par une opération cachée de la main de Dieu, qui se sert comme il lui plaît de ses créatures, tantôt pour la jouissance d’une souveraine félicité, tantôt pour l’exercice de sa juste et impitoyable vengeance.

    Par conséquent, messieurs, il ne faut pas croire que leurs forces soient épuisées par leur chute. Toute l’Écriture les appelle forts. « Les forts, dit David, se sont jetés sur moi : » Irruerunt in me fortes (5) ; par où saint Augustin entend les démons (6). Jésus-Christ appelle Satan « le fort armé : » fortis armatus (7) . Non-seulement il a sa force, c’est à-dire sa nature et ses facultés, mais encore ses armes lui sont conservées, c’est-à-dire ses inventions et ses connaissances : fortis armatus. Ailleurs il le nomme « le prince du monde : » princeps hujus mundi (8) et saint Paul, « gouverneur du monde : » mundi rectores (9). Et nous apprenons de Tertullien que les démons faisaient parer leurs idoles des robes dont se revêtaient les magistrats, qu’ils faisaient porter devant eux les faisceaux et les autres marques d’autorité publique, comme étant, dit-il, « les vrais magistrats et les princes naturels du siècle : Daemones magistratus sunt saeculi (10) . » Satan n’est pas seulement le prince, le magistrat et le gouverneur du siècle ; mais, pour ne laisser aucun doute de sa redoutable puissance, saint Paul nous enseigne qu’il « en est le dieu : » deus hujus sœculi (11). En effet, il fait le dieu sur la terre, il affecte d’imiter le Tout-Puissant. Il n’est pas en son pouvoir de faire comme lui de nouvelles créatures, pour les opposer à son Maître ; voici ce qu’invente son ambition : il corrompt celles de Dieu, dit Tertullien (12), et les tourne autant qu’il peut contre leur auteur ; enflé démesurément de ses bons succès, il se fait rendre enfin des honneurs divins; il exige des sacrifices, il reçoit des vœux, il se fait ériger des temples, comme un sujet rebelle qui, par mépris ou par insolence, affecte la même grandeur que son souverain : Ut Dei Domini placita cum contumelia affectans (13).

    Telle est la puissance de notre ennemi; et ce qui la rend plus terrible, c’est la violente application avec laquelle il unit ses forces dans le dessein de notre ruine. Tous les esprits angéliques, comme remarque très-bien saint Thomas (14), sont très arrêtés dans leurs entreprises : car au lieu que les objets ne se présentent à nous qu’à demi, si bien que, par de secondes réflexions, nous avons de nouvelles vues qui rendent nos résolutions chancelantes, les anges, au contraire, dit saint Thomas, embrassent tout leur objet du premier regard avec toutes ses circonstances ; et ensuite leur résolution est fixe, déterminée et invariable. Mais s’il y a en eux quelque pensée forte, et où leur intelligence soit tout appliquée, c’est sans doute celle de nous perdre. « C’est un ennemi qui ne dort jamais, jamais il ne laisse sa malice oisive : » Pervicacissimus hostis ille nunquam malitiae suae otium facit : quand même vous le surmontez, vous ne domptez pas son audace, mais vous enflammez son indignation : Tunc plurimum accenditur, dum extinguitur (15) : « Quand son feu semble tout à fait éteint, c’est alors qu’il se rallume avec plus de force. » Ce superbe, ayant entrepris de traiter d’égal avec Dieu, pourra-t-il jamais croire qu’une créature impuissante soit capable de lui résister ? et si, renversé comme il est dans les cachots éternels, il ne cesse pas néanmoins par une vaine opiniâtreté de traverser autant qu’il peut les desseins de Dieu; s’il se roidit contre lui, bien qu’il sache que tous ses efforts seront inutiles, que n’osera-t-il pas contre nous, dont il a si souvent expérimenté la faiblesse ?

    Ainsi je vous avertis, mes chers frères, de ne vous relâcher jamais, et de vous tenir toujours en défense. Tremblez même dans la victoire : c’est alors qu’il fait ses plus grands efforts, et qu’il remue ses machines les plus redoutables. Le voulez-vous voir clairement dans l’histoire de notre évangile ? Il attaque trois fois le Fils de Dieu : trois fois repoussé honteusement, il ne peut encore perdre courage. « Il le laisse, dit l’Écriture, jusqu’à un autre temps : Recessit ab illo usque ad tempus (16) » ; surmonté et non abattu, ni désespérant de le vaincre ; mais attendant une heure plus propre et une occasion plus pressante. Dieu ! que dirons-nous ici, chrétiens ? Si une résistance si vigoureuse ne ralentit pas sa fureur,  quand pourrons-nous espérer de trêve avec lui ? Et si la guerre est continuelle, si un ennemi si puissant veille sans cesse contre nous avec tous ses anges, qui pourrait assez exprimer combien soigneuse, combien vigilante, combien prévoyante et inquiète doit être à tous moments la vie chrétienne ? Et nous nous endormons!… Je ne m’étonne pas si nous vivons sous sa tyrannie, ni si nous tombons dans ses pièges, ni si nous sommes enveloppés dans ses embûches et dans ses finesses.  » (à suivre)

    bossuet vie chretienne

    (1) Advers. Marcion., lib. II, n. 9.

    (2) Ephes., 6, 12

    (3) Job, 9, 13

    (4) De Civit. Dei, lib XIV, cap. XV

    (5) Ps. 58, 4

    (6) In Ps. 58, Enarr. I, n. 6

    (7) Luc 11, 21

    (8) Jean, 12, 31

    (9) Ephes. 6, 12

    (10) De idolol. n. 18

    (11) 2 Cor. 4, 4

    (12) De idolol. n. 4

    (13) Tertull., ad Uxor., n.8

    (14) Part I, Question 58, art. 3

    (15) Tertull., De Paenit., n.7

    (16) Luc 6, 13

  • Participons à ce combat admirable contre les démons !

    Participons à ce combat admirable contre les démons !

    En ce premier dimanche de Carême, voici un extrait du sermon du premier dimanche de Carême de Mgr Bossuet au couvent des Minimes :

    Jesus_and_devil

    C’est le dessein du Fils de Dieu de tenir ses fidèles toujours en action, toujours occupés, et vigilants, et animés, jamais relâchés ni oisifs : et parce que, comme de tous les emplois celui de la guerre est le plus actif, de là vient qu’il nous enseigne dans son Écriture, que « notre vie est une milice (1) », et que comme nous sommes toujours dans le combat, aussi ne devons-nous jamais cesser d’être sur nos gardes : Sobrii estote et vigilate (2) [« Soyez sobres, et veillez. »]. L’Évangile de ce jour nous fait bien connaître cette vérité. Nous y voyons Jésus conduit au désert, pour y être tenté du diable ; c’est-à-dire notre capitaine qui descend au champ de bataille pour venir aux mains avec nos ennemis invisibles. Ductus [est in desertum, ut tentaretur a diabolo.]

    Ne croyez pas, mes frères, que nous devions être spectateurs oisifs de ce combat admirable : nous sommes engagés bien avant dans cette querelle, et le Fils de Dieu ne permet aux démons d’entreprendre aujourd’hui sur sa personne, qu’afin de nous faire entendre par son exemple ce qu’ils machinent tous les jours contre nous-mêmes. Que s’il est ainsi, chrétiens, que nous soyons obligés à combattre, faisons ce que l’on fait dans la guerre ; et avant que d’entrer dans la mêlée, avançons-nous avec le Sauveur pour reconnaître ces ennemis qui marchent contre nous si résolument. Si nous sommes soigneux de les observer dans l’évangile de cette journée, nous remarquerons aisément leur puissance, qui les rend superbes et audacieux. Ils entreprennent, messieurs, contre le Fils de Dieu même, ils tentent de le mettre à leurs pieds ; peut on voir une audace plus emportée ? Ils l’enlèvent en un moment du désert sur le pinacle du Temple, Jésus-Christ le permettant de la sorte pour l’instruction de ses fidèles : n’est-ce pas une force terrible? S’ils sont forts et entreprenants, ils ne sont pas moins rusés ni malicieux. La haine invétérée qu’ils ont contre nous les oblige de recourir à des artifices également subtils et malins. Ils tentent Jésus-Christ de gourmandise après un jeûne de quarante jours : Dic ut lapides isti panes fiant : [Dites que ces pierres deviennent  des pains] et ils tachent de le porter à la vaine gloire, après une action d’une patience héroïque : n’était-ce pas un dessein plausible et une finesse bien inventée?

    Tout cela, chrétiens, nous doit faire peur, puisque nous avons à nous défendre , dans le même temps, et de la violence et de la surprise, et de la force et des ruses. Et néanmoins ce même évangile, qui nous représente ces ennemis avec cet appareil redoutable, nous découvre aussi d’une même vue qu’il n’est rien de plus aisé que de les vaincre ; puisque nous voyons clairement et toutes leurs forces abattues, et toutes leurs finesses éludées par une simple parole. Voilà, mes frères, en peu de mots, ce que nous apprend l’Évangile de l’état de nos ennemis et de leur armée. Si vous regardez leur marche hardie, et leur contenance fière et présomptueuse, vous verrez d’abord leur force et leur puissance ; si vous observez de plus près leur marche, vous reconnaîtrez aisément leurs ruses et leurs détours ; et enfin si vous pénétrez jusqu’au fond, vous verrez qu’avec leur mine superbe et leur appareil redoutable, ils sont déjà rompus et défaits; et qu’étant encore tremblants et effrayés de leur déroute, il est très facile de les mettre en fuite. (…)  Suite

    (1) Job, 7, 1

    (2) 1 Pierre 5, 8

  • Aimer le Pape ?

    Aimer le Pape ?

    « Ce Pape est merveilleux ! Non, il ne me plait pas ! » Avez-vous entendu, lu ce genre de considérations ? Certainement, les médias, par exemple, ont bien illustré à ce sujet ce qu’est l’amour sensible pour notre Pape actuel ! Cet amour sensible irrite même le Pape François qui a déclaré dans le 4 mars 2014 dans le Corriere della sera « dans chaque idéalisation, il y a une agression. Dépeindre le pape comme une sorte de superman, une espèce de star, me semble offensant. »  En effet, aucune de ces considérations « sentimentales » (positives ou négatives) ne doivent être celles du catholique. A ce sujet, nous n’avons rien trouvé de mieux que la magnifique allocution de Saint Pie X à ce sujet, bonne lecture !

    pape armes

    « Pour aimer le Pape, il suffit de réfléchir à ce qu’il est.

    Le Pape est le gardien du dogme et de la morale ; il est le dépositaire des principes qui rendent vertueuses les familles, grandes les nations, saintes les âmes ; il est le conseil des princes et des peuples ; il est le chef sous lequel nul ne se sent tyrannisé, parce qu’il représente Dieu lui-même ; il est le père par excellence, qui réunit en lui tout ce qu’il peut y avoir d’aimant, de tendre, de divin.

    Et comment doit-on aimer le Pape ? Non par des paroles seulement, mais par des actes et avec sincérité. Quand on aime quelqu’un, on cherche à se conformer en tout à ses pensées, à exécuter ses volontés et à interpréter ses désirs.

    Et si Notre-Seigneur Jésus-Christ disait de lui-même : Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole, ainsi pour montrer notre amour au Pape il est nécessaire de lui obéir.

    pie XEt c’est pourquoi, quand on aime le Pape, on ne s’arrête pas à discuter sur ce qu’il conseille ou exige, à chercher jusqu’où va le devoir rigoureux de l’obéissance, et à marquer la limite de cette obligation.

    Quand on aime le Pape, on n’objecte pas qu’il n’a point parlé assez clairement, comme s’il était obligé de redire directement à l’oreille de chacun sa volonté clairement exprimée tant de fois non seulement de vive voix, mais par des lettres et d’autres documents publics ; on ne met pas en doute ses ordres, sous le facile prétexte, de qui ne veut pas obéir, qu’ils n’émanent pas effectivement de lui, mais de son entourage !

    On ne limite pas le champ où il peut et doit exercer sa volonté ; on n’oppose pas à L’autorité du Pape celle d’autres personnes, si doctes soient-elles, qui diffèrent d’avis avec le Pape. D’ailleurs, quelle que soit leur science, la sainteté leur fait défaut, car il ne saurait avoir de sainteté là où il y a dissentiment avec le Pape« .

    Saint Pie X allocution aux membres de l’Union apostolique, 18 novembre 1912

  • Message de Monseigneur Rey aux hommes

    Message de Monseigneur Rey aux hommes

    rey 3L’idée de rassembler des hommes une fois par mois pour un repas fraternel suivi d’un temps d’adoration a surgi l’été dernier dans le cœur de pères de familles pérégrinant sur les chemins brûlants de la Provence, vers les sanctuaires de Notre-Dame de Grâces et de Saint-Joseph du Bessillon à Cotignac. Au terme de ce pèlerinage, ces pères tombent à genoux devant la statue de Marie et déposent dans son sein toutes leurs joies et toutes leurs peines.
    .
    Désormais, ils se réunissent chaque premier jeudi du mois, pour déposer dans le Cœur eucharistique du Christ tout ce qui fait leur vie et leur personne. Cet agenouillement, cette adoration, sont tout le contraire d’un acte de faiblesse. Contre « les idolâtries d’hier et d’aujourd’hui… S’agenouiller devant l’Eucharistie est une profession de liberté » rappelait Benoît XVI en 2008, car « celui qui s’incline devant Jésus ne peut et ne doit se prosterner devant aucun pouvoir terrestre, aussi fort soit-il. Nous les chrétiens nous ne nous agenouillons que devant Dieu, devant le Très Saint Sacrement, parce qu’en lui nous savons et nous croyons qu’est présent le seul Dieu véritable, qui a créé le monde et l’a tant aimé au point de lui donner son Fils unique. »
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    L’adoration constitue donc pour les hommes adorateurs comme un acte de résistance contre tous les asservissements charriés par notre époque. Ils y affirment aussi leur identité masculine, qu’ils ont célébrée virilement d’abord autour d’une table bien garnie, avant de s’offrir au Christ et de se laisser attirer par Lui dans le Cœur à cœur auquel Il les invite. Dans cette prière, comme le disait encore Benoît XVI, leur âme d’hommes continue à se nourrir « d’amour, de vérité, de paix; elle se nourrit d’espérance, parce que Celui devant lequel nous nous prosternons ne nous juge pas, ne nous écrase pas, mais nous libère et nous transforme. » La liberté, la paix et l’espérance qu’ils ont gagnées alors qu’ils se prosternaient devant leur Sauveur, ils peuvent ensuite les transmettre à tous ceux qu’ils aiment et les répandre dans tous les combats de leur vie.
    .
    C’est dans cet esprit, enfin, qu’ils veulent aussi faire de leur site internet un instrument de formation pour les hommes catholiques.
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    Que Dieu bénisse les hommes adorateurs et que cette initiative se répande partout où des cœurs généreux et virils sont prêts à se tourner vers Dieu !
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    Mgr Dominique Rey, le 28 février 2014
    ado Rey

     

  • Autorité paternelle et vouvoiement (2/2)

    Autorité paternelle et vouvoiement (2/2)

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    Voici la deuxième partie de l’extrait de l’ouvrage « le bénédicité » de Mgr Gaume, où il évoque le vouvoiement. La première partie a eu le mérite de susciter des réactions, donc de provoquer des réflexions. Puisse celle-ci continuer, sans peur, à nous aider à mettre en perspective nos habitudes familiales à la lumière de l’histoire et… au delà des modes !

    Lien vers la première partie

    Je monte aujourd’hui sur ma chaire de professeur, pour te démontrer à toi et à tous, la thèse annoncée à la fin de ma dernière lettre. J’en reprends les quatre parties dans l’ordre indiqué, et sans préambule, je dis :

    1° Le tutoiement, surtout des enfants aux parents, est une formule honteuse dans son origine.

    Cette formule, inconnue dans notre histoire, a pour auteurs des hommes dont on ne peut prononcer le nom sans rougir. Ces hommes sont les sans-culottes de 93. Tel est le nom qu’eux mêmes se donnaient. Ces misérables plagiaires des anciens Brutus, voulant nous ramener à la sauvagerie païenne, donnèrent à l’Europe le spectacle humiliant d’une nation en délire; et, par une longue suite de parodies ridicules et atroces, jetèrent la France dans un cloaque de sang et de boue. Venons aux preuves : comme toutes les mesures révolutionnaires, la modification républicaine du langage fut réclamée au nom de l’antiquité païenne.
    Un des démocrates s’exprime ainsi : « Les Spartiates, les Grecs et les Romains disaient Tu et non pas Vous ; si nous voulons la liberté, parlons-en le langage. Je propose donc à tous les bons citoyens, à tous les amis de la liberté, d’adopter le langage pur et simple de la Nature ». La motion est accueillie avec faveur, et on décrète sous peine de mort, qu’à l’exemple des peuples libres de l’antiquité, tout le monde se tutoie. « L’esprit de fanatisme, d’orgueil et de féodalité, est-il dit, nous a fait contracter l’habitude de nous servir de la seconde personne du pluriel, lorsque nous parlons à un seul.
    « Beaucoup de maux résultent de cet abus. Il oppose une barrière à l’intelligence des sans-culottes ; il entretient la morgue et éloigne les vertus fraternelles. En conséquence, tous les républicains seront tenus à l’avenir de tutoyer, sans distinction, ceux ou celles à qui ils parleront en un seul, sous peine d’être déclarés suspects et ennemis de l’égalité. »

    Au malheureux déclaré suspect, tu sais que de plein droit revenait l’échafaud. En vertu de ce décret., sanctionné par la mort et digne des Saturnales du paganisme, maîtres et serviteurs, parents et enfants, supérieurs et inférieurs, n’employaient plus en se parlant que le tu du sans-culottisme. J’ajoute en passant qu’en vertu du même principe égalitaire, un décret défendit d’appeler les domestiques, domestiques : on devait leur donner le nom d’officieux et d’officieuses. (…). Mais cette formule révolutionnaire n’est pas seulement honteuse dans son origine ; elle est encore absurde en elle-même.

    2° Absurde en elle-même, cette formule a pour but d’établir une égalité contre nature.

    Tant qu’il sera vrai que les père et mère, sont les père et mère de leurs enfants, il sera vrai qu’ils sont de droit naturel, divin et humain, les supérieurs de leurs enfants. Par une conséquence forcée, il sera également vrai qu’entre eux et leurs enfants toute égalité est contre nature. Il en résulte que la formule qui tend à établir et à manifester cette égalité, est radicalement absurde.
    Que les parents ne disent pas : Nous autorisons le tutoiement pour faire de nos enfants nos amis et gagner ainsi, quand ils seront plus avancés en âge, leur affection et leur confiance. Rien n’est plus chimérique qu’une pareille prétention, parce que rien n’est plus faux qu’un pareil raisonnement.
    D’abord, l’amitié est un sentiment qui suppose l’égalité. Or, nous venons de voir que l’égalité entre les parents et les enfants, est radicalement impossible. Ainsi, en voulant faire de leurs enfants leurs amis, les parents oublient leur dignité, et abdiquent, autant qu’ils peuvent, leur titre imprescriptible de père et de mère : ce qui est absurde en soi. Ensuite, on peut ajouter coupable devant Dieu- L’autorité paternelle et maternelle n’est pas une propriété : c’est un dépôt. Les parents en doivent compte à Dieu de qui vient toute paternité. Il ne leur appartient pas d’en céder la moindre partie. Confiée tout entière, elle leur sera redemandée tout entière.
    Ainsi tout acte, toute concession, toute formule qui tendrait à l’affaiblir, doit être l’objet de leur vigilance et de leur réprobation.
    Quant à la confiance et à l’affection plus grandes qu’on prétend obtenir par le tutoiement, c’est une nouvelle illusion. Le tutoiement n’est bon qu’à produire une familiarité déplacée : rien de plus. Tenons pour certain, d’après l’expérience de tous les siècles, que la confiance et l’affection des enfants sont toujours en raison directe de leur respect filial pour leur père et pour leur mère.
    Loin d’affaiblir ou d’étouffer dans le cœur des enfants la confiance et l’affection, le respect filial en est le véritable principe. Plus un enfant respectera son père et sa mère, plus il sera disposé à leur ouvrir son coeur, à leur être agréable, à demander avec abandon et à recevoir humblement leurs conseils.
    A-t-on des preuves que dans les siècles passés, et même avant la révolution de 93, alors que le tutoiement était inconnu, les enfants avaient pour leur père et mère, moins d’affection et moins de confiance que ceux d’aujourd’hui? Qu’on dise si, même à l’heure qu’il est, dans les familles qui ont conservé le Vous respectueux, les enfants sont moins confiants, moins respectueux, moins dociles, qu’ils ne le sont dans celles, où se perpétue le Tu révolutionnaire.

    Honteuse dans son origine, absurde en soi, la formule du tutoiement est encore funeste dans son application.

    3° Funeste dans son application.

    L’esprit d’insubordination est la grande plaie de notre époque : personne ne veut plus obéir. Voilà ce qu’on entend répéter chaque jour avec effroi. Cet esprit d’insubordination est tellement général, et nous menace de tant de calamités, qu’il est plus nécessaire aujourd’hui que jamais, de veiller avec un soin jaloux au maintien du principe d’autorité. Assemblage de famille, la société si profondément ébranlée ne se raffermira, qu’autant que la famille elle-même sera redevenue une école de respect. Elle ne le redeviendra pas, si dans le langage, comme dans les actes, tout ne respire l’autorité d’une part et le respect filial de l’autre.
    Or, la formule du tutoiement loin d’affermir l’ordre hiérarchique divinement établi, pour la conservation de la famille et de la société, est propre à l’affaiblir et à le ruiner. Dès le bas âge, elle tend à placer l’enfant sur je ne sais quel pied d’égalité avec son père et sa mère. Développé avec les années, ce germe funeste engendrera une familiarité malsaine qui, aux jours de l’adolescence, deviendra l’esprit d’insubordination.
    Puis, comme conséquence inévitable, ce que nous voyons trop souvent, les impertinences et les révoltes des enfants, les larmes des mères, les emportements des pères. Tel est le juste salaire de l’imprudence avec laquelle on a négligé de faire respecter, dès l’enfance, l’autorité paternelle, en laissant pénétrer dans le foyer domestique, entre autres principes d’insubordination, le tutoiement révolutionnaire.

    4° Outrageante pour les parents.

    La malheureuse formule que nous combattons n’est pas seulement honteuse, absurde et funeste à la famille, il faut ajouter qu’elle est souverainement outrageante pour les parents : tant pis pour eux s’ils ne s’en aperçoivent pas. Pour tout homme de bon sens, il est incompréhensible qu’un père et une mère, soucieux de leur dignité, puissent en tolérer l’usage.
    Entrons d’abord dans l’intérieur de la famille. Si les enfants ont un précepteur ou une institutrice, il est inouï qu’on leur permette de les tutoyer : une pareille inconvenance sauterait aux yeux de tous.
    Sortons du foyer domestique et supposons-nous dans une assemblée, composée de personnes respectables à un titre quelconque. Toutes les fois que les enfants ont à répondre à une ou l’autre de ces personnes, ils se servent invariablement du Vous; s’ils osaient employer le Tu, l’assemblée tout entière en serait choquée. Elle prendrait ces enfants pour de petits sauvages ou de petits sans-culottes. Leurs parents rougiraient, et, le moment venu, les jeunes impertinents seraient l’objet d’une sévère mais juste réprimande.
    Parmi les membres de l’assemblée les personnes à qui les enfants doivent le plus de respect sont, à coup sûr, leur père et leur mère. Eh bien, par une anomalie choquante, c’est à eux que dans leur langage ils en témoignent le moins. À leur égard, ils se permettent ce qui leur est strictement défendu à l’égard des étrangers. Et il y a des pères et des mères qui n’y voient aucune inconvenance ! Que dis-je ? Ils trouvent même de bon goût que leurs fils et leurs filles les tutoient !
    Veux-tu que je te dise sans phrase ce que cela signifie ? Cela signifie que ces aveugles parents trouvent tout naturel que leur enfant emploie, pour leur parler, la même formule dont il se sert pour appeler son valet ou son chien! Mon Dieu, éclairez-les : car ils ne savent ce qu’ils font.